Et la nature sculpta Ua Huka

Et La Nature Sculpta Ua HukaAu nord des Marquises, l’île aux chevaux et l’île aux sculpteurs – telle est sa double réputation – a pour écrin des paysages de western. Dans ce décor sec, taillé dans le roc, nous assistons au spectacle de la vie sauvage.

Mouillés devant la jolie plage d’Haavei, nous avons une vue imprenable sur les îlots de Hemeni et Teuaua qui abritent une importante colonie de sternes. En journée, les oiseaux nous gratifient d’une incroyable cacophonie. Mais, à la nuit, quand l’agitation retombe, une petite lumière rouge le long du rocher Teuaua indique la présence de visiteurs opportunistes. A certaines périodes de l’année, les habitants de Ua Huka sont en effet autorisés à collecter les œufs. Faute de guide, nous ne nous lançons pas dans la chasse aux œufs de sterne. Tant pis pour l’omelette, orange paraît-il. Nous préférons faire connaissance avec les raies manta qui viennent nous saluer à la jupe du bateau. Hop ! masque, tuba, et rame ma poule ; je nage un bon quart d’heure tout près de l’une d’elles, assez impressionnée par ses larges cornes en forme de mandibules ; heureusement que l’espèce se nourrit exclusivement de plancton car sa bouche grande ouverte pourrait m’avaler toute entière !

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Les sternes autant de petits points noirs sur le rocher blanc

   Et La Nature Sculpta Ua HukaUn petit air de Colorado

Dans ce décor de Far-West où les montagnes ocre s’enflamment au soleil couchant, chèvres et chevaux évoluent par milliers à leurs aises. Ils sont en effet bien plus nombreux que les 600 Marquisiens de l’île. Les chèvres randonnent sur les rochers, voire gambadent à des hauteurs vertigineuses. Les chevaux, eux, passent des vallées aux plateaux parfois guidés par leur maître, parfois seuls. Si certains sont attachés en bord de chemin ou près des maisons, la grande majorité paît sans entrave. C’est assez unique, quand on débarque en paddle sur une plage, de voir une dizaine de chevaux brouter sans longe ni clôture parmi les cocotiers. Ils sont si calmes, voire indifférents que les filles les approchent de très près. Reste que chèvres et chevaux sont en partie responsables de la déforestation qui affecte Ua Huka, et qui pourrait mettre à mal l’artisanat local.

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Sculpteurs de mère en fille

Comme nombre de ses compatriotes, Taina sculpte, au côté de son mari et de sa fille. Outre le bois, elle travaille la pierre (tikis, pilons) et l’os (pique-cheveux, hameçons). Cet artisanat lui permet de bien gagner sa vie grâce aux paquebots qui font escale tous les deux mois à Ua Huka. Toute contente, Coline quitte le centre artisanal de Hane avec un pique-cheveux fiché dans son chignon. Et Erell hésite entre une statuette de baleine, de dauphin, de raie ou un tiki. Les fruitiers, de grandes coupes rondes ou rectangulaires parées d’ornements, sont aussi très prisés des navigateurs.

Concours de copies

Cette activité artistique est d’autant plus vivante qu’un concours de copies d’objets anciens est organisé tous les ans au mois de juin entre les artisans de Ua Huka. Une manière astucieuse de pérenniser les techniques ancestrales de sculpture et de gravure. Les objets primés sont exposés au musée municipal de Vaipaee, inauguré en 2015 et consacré à la sculpture sur bois. Nous y admirons des casse-têtes (le célèbre gourdin marquisien), des lances, des pagaies, des plats… Les essences les plus utilisées sont le miro (bois de rose), le tou (cordia subcordata), le toa (bois de fer) et le santal. Toutes les pièces sont fabriquées avec une telle finesse, une telle précision que nous ne comprenons pas toujours comment, techniquement, elles sont réalisées.

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Le très réussi musée de la sculpture de Vaipaee

Le pouce

Pour nous rendre au musée, distant d’au moins 5 km et construit sur un plateau aride, nous nous rendons à la mairie de Vaipaee. Noël, l’employé municipal, nous y conduit, nous ouvre les portes et, après quelques explications intéressantes, nous laisse seuls. La visite est gratuite et, bien entendu, le gars nous ramène en voiture ! Pour circuler sur l’île et notamment se rendre d’un village à l’autre (Hokatu, Hane et Vaipaee), pas d’autre moyen que le stop. Marcher sur la route goudronnée chauffée à blanc, sans l’ombre d’un feuillage, relève du suicide. Heureusement, les Marquisiens empathiques nous prennent volontiers dans leur pickup, voire se déroutent pour nous amener là où nous voulons. On a cette impression agréable qu’ils sont toujours disponibles, jamais affairés sans être inactifs non plus. Ou qu’ils ne peuvent pas refuser un service, cela serait malpoli. Aussi, au cours de nos 10 jours d’escale, nous faisons donc connaissance avec Agathe, Taina, Melinda, Marie, Noël… quelques-uns de nos chauffeurs sympathiques.

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Un de nos taxis

Récolte pantagruélique de mangues

Grâce à eux, nous découvrons l’arboretum de Papuakeikaa, la plus vaste collection d’agrumes au monde, au moins 200 variétés de pamplemousses, citrons, oranges. Comme nous cherchons le guichet d’entrée, deux hommes assis sous un corossolier nous saluent et lancent le mot d’ordre : « Cueillez tout ce que vous voulez ! Vous avez des plastiques ? » Ainsi, non seulement la visite est libre mais en plus on repart avec l’équivalent d’un caddie de fruits (au bas mot 7 kg de mangues !). Patrick, le responsable des lieux, nous fait déguster autant de mangues que nos intestins peuvent le supporter, certaines particulièrement juteuses, charnues, croquantes, acides ou avec une saveur de vanille ; le champ comprend une quarantaine de variétés, comme « Julia », « Trésor »… Puis vient le tour des caramboles avec une quarantaine d’arbres croulant sous le poids de ces « étoiles sucrées ».

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Pluie de caramboles

Bientôt de la vanille

Créé il y a plus de vingt ans par Léon Lichtlé, l’arboretum municipal a une vocation de service public et d’expérimentation. Des plantations de vanille sont en cours afin de transmettre à la population des méthodes culturales garantissant une nouvelle source de revenus. En cette saison très chaude, trois parcelles sous filet de 50 pieds chacune environ sont régulièrement brumisées. « D’ici quelques mois, on obtiendra les premières gousses », affirme Patrick en nous montrant les fleurs blanches tout juste écloses. L’arboretum regorge aussi d’autres essences variées comestibles : tamarins, pomme-cannelle, quenettes, grenades, figues… que nous goûtons à même les arbres. C’est le meilleur moyen pour piquer la curiosité des enfants. Par la suite, au cours de balades sur l’île, les filles cueilleront sans hésiter des grappes de quenettes, ces petits fruits acidulés à sucer comme des bonbons.

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Plantation de vanille

   Et La Nature Sculpta Ua Huka

   Et La Nature Sculpta Ua Huka
Les casse tête finement ciselés
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Mangues à gogo ah les Marquises
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On vient saluer une belle raie manta
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Tiki en pierre
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Gaëlle Poyade Journaliste
Gaëlle Poyade A bord du catamaran Azyu, Gaëlle Poyade observe et retranscrit ce que la navigation révèle : les teintes aquarellées du lagon, l’indolence des jours en mer et le partage d’une vie quotidienne simple.Elle raconte la Polynésie telle qu’elle se vit au fil des escales, portant une attention particulière aux rencontres chaleureuses, curieuses voire surprenantes. A travers son Carnet de voyage, Gaëlle invite à ralentir pour mieux ressentir ces iles, ces montagnes, ces hommes et femmes qui constituent l'âme de la Polynésie.

1 réflexion sur “Et la nature sculpta Ua Huka”

  1. djamila benlebchouche

    Coucou Gaëlle, Toujours contente de suivre comme je le peux votre périple.D’après mes souvenirs vous deviez partir pour un an. C’est bien ça. Profitez bien.BisesDjamila

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