Des élèves heureuses, des danseuses épanouies

De février à mars, Coline et Erell ont fréquenté l’école Sainte-Anne de Atuona, sur l’île de Hiva Oa et, tout aussi assidûment, le cours de danse tahitienne. Retour sur cette parenthèse marquisienne enchantée.

La vidéo des danseuses !

Le mot de Coline

Chaque jour, je me réveillais au lever du jour, à 5h du matin pour être sûre d’être prête à 6h30. Je secouais Erell dans son hamac, on préparait nos sacs à dos et on partait toutes les deux à l’arrêt du truck. Quand on vivait au chantier, les parents ne se réveillaient même pas ! Et puis, quand on a remis le catamaran à l’eau, papa nous déposait en annexe. Dans le truck, il y avait 54 élèves ! C’est à peine si on pouvait poser les deux fesses sur le banc !

Au collège, j’avais toutes les matières classiques : français, maths, histoire, sciences, techno, anglais, arts plastique, musique, sport (foot et course à pied)…

Dans ma classe, nous étions 20 élèves, dont ma copine Alicia, je fréquentais aussi Paloma, d’une autre classe. Certains professeurs sont marquisiens d’autres métropolitains. Ils sont tous sympas. Les enfants et la prof de maths s’exprimaient parfois en marquisien. Mais la prof de français reprenait les jeunes parce qu’à l’école on doit parler français.

On ne connaît pas les mêmes choses

Ce que j’ai observé, c’est que je n’ai pas les mêmes connaissances que les autres enfants. En histoire, ils connaissent beaucoup de choses différentes de ce que moi je sais. Ils pensent par exemple qu’utiliser internet est évident, quelque chose de normal. Ils n’imaginent pas que, dans  certains pays, cela n’existe pas vraiment. Je sais aussi des choses comme le fait qu’il y a des sécheresses dans certains régions du monde et eux n’en ont aucune idée.

Je me sentais bien dans cette école, c’est la meilleure de toutes celles fréquentées avec San Felipe au Guatemala.

 

L’école primaire compte plus de 150 inscrits.

Le mot d’Erell

La vidéo de la danseuse

Ça s’est bien passé l’école. Dans ma classe, on était 21. Mes amies s’appelaient Romina, Cassandre, Vaitani. Il y avait aussi Hanaiki, jétais en couple avec lui mais seulement 3 jours car l’école a fermé. A chaque fois qu’il empruntait mes crayons, il me disait : «  Merci, je t’aime ! ».

Ma classe était située tout en haut de la montagne. Chaque jour, il fallait grimper une centaine de marche, à l’arrivée, on était tout essoufflé ! Tous les matins on faisait la prière en chantant et parfois, on allait à l’église qui est tout à côté, enfin en bas de la montagne ! Mon instituteur s’appelait Joseph, il est « tinito » (chinois) et ressemble beaucoup à mon papy de Vendée car il a la peau bronzée et un peu le même air. J’avais aussi madame Crista comme maîtresse, très sévère, avec la peau blanche.

J’aimais bien les casse-croûtes à la petite pause du matin. Pour 100 francs, on achetait soit des petits gâteaux chinois, soit des compotes, soit un sandwich jambon ou avocat. Dans la cour, il y avait des mangues, des quenettes et des pistaches. Mais Monsieur ne voulait pas trop qu’on les ramasse par terre.

Dans la cour, je m’amusais avec Ganaia et ses amies à colin-maillard, au loup, au chat… D’autres enfants jouaient aux billes. Mais en fait, je préférais les moments en classe, j’aimais beaucoup les maths, l’histoire. Madame Crista nous racontait le Moyen Âge, les chevaliers… Avec Monsieur, on avait français, anglais et marquisien ; il voulait qu’on progresse plus en marquisien car il disait qu’on perd notre langue.

Fondé par la congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Cluny, le collège a plus de 50 ans d’existence.

Et j’ai adoré l’école de danse tahitienne avec « tatie » ! J’arrive à bien bouger les fesses ; je m’entraîne encore sur le pont d’Azyu ! J’ai aussi appris les paroles de la chanson Ia ora na qui veut dire « bonjour » (« que tu vives ») en tahitien.

La vidéo de Ia ora na !

 

Festival des Marquises : la grand-messe identitaire

 

 

 

Mi décembre 2019, Ua Pou fut l’épicentre de la culture marquisienne : danse, musique, chant, tatouage, artisanat, sport, légendes, sculpture, gastronomie… Lors de cette 12e édition, le Matavaa o te Henua Enana a mis l’écologie à l’honneur. Vidéo d’ambiance ici !https://youtu.be/EXy0pKtzu3c

 

Une fête rien que pour eux

Chose rare, pour ne pas dire exceptionnelle, le Matavaa est organisé par mais surtout pour les Polynésiens et, a fortiori, les Marquisiens. Aussi, pas de ticket d’entrée, l’accès y est complètement gratuit. Même le grand repas cérémoniel est offert à tous les visiteurs ! La navette maritime qui emmène de Taiohae, la « capitale » des Marquises, sur l’île de Ua Pou est gratuite pour les moins de 12 ans et les plus de 60 ans. Durant quatre jours, les logements chez l’habitant sont proposés à des prix plus qu’honnêtes quand on n’est pas invité à dormir dans un hamac en terrasse sans rien débourser. Preuve encore du désintérêt total concernant la fréquentation de festival renommé, je n’ai trouvé nulle part la moindre estimation du nombre de visiteurs. A croire que ça n’a aucune importance alors que le nombre de participants, lui, est clamé avec fierté : 1500 danseurs, costumiers, orateurs, percussionnistes, cuisiniers, sculpteurs…

Une logistique qui nous échappe

La conséquence de ce festival tourné vers l’intérieur, c’est la complexité pour les gens de l’extérieur d’y aller. Depuis des mois, tous les plaisanciers que nous côtoyons rêvaient d’y assister mais personne ne savait comment. En gros, seuls les riches passagers du paquebot Aranui étaient assurés de pouvoir débarquer. Vous vous demandez sans doute pourquoi ?

Les cordages de l’Aranui servent de balançoires aux gamins.

A Hakahau, où se situe le poumon du festival, pour ne pas gêner les manœuvres de l’Aranui comme de certains bonitiers, moins de 10 voiliers étaient autorisés à mouiller. Et dans la baie voisine d’Hakahetau, le mouillage limité à 20 bateaux a fini bondé avec quasiment 40 navires prêts à s’entrechoquer. Trouver une place sur la mer fut donc un réel souci sans compter l’épreuve du débarquement en annexe. Nous en avions fait les frais l’an passé, notre annexe s’étant renversée dans les vagues ! (lire l’article) Aussi Azyu est-il resté sur l’île voisine de Nuku Hiva et nous avons emprunté le Te ata o Hiva, la navette interinsulaire.

Est-ce que c’était plus facile de s’y rendre ainsi ? Plus ou moins… Le bateau transitaire, d’une capacité de 40 à 60 personnes, voyait, à chaque départ, bien plus d’optimistes se présenter… J’ai fini par camper toute une journée sur le quai et, à la faveur de la nuit, alors qu’un trajet imprévu s’improvisait, j’ai sauté avec Erell dans le Te ata o Hiva. Coline nous a rejoint le lendemain en bateau de pêche tandis que Jean-Marie s’est dévoué pour surveiller notre maison flottante. La foule et les guerriers emplumés coiffés d’une salade… il s’en passe très bien.

Le grand « kaikai », un banquet gargantuesque

Une fois sur place, il n’y a plus aucune difficulté car les Polynésiens ont un sens communautaire qui ne souffre aucun ostracisme. La fête commence ! Nous allons jeter un œil aux cuisines et ne distinguons pour ainsi dire rien hormis quelques litres de poe, ce dessert de fruits baignant dans le lait de coco sucré. C’est ça qui va nourrir des milliers de personnes ? En fait, le repas est enterré ; poisson, cochon, chèvre, bœuf, bananes, taro, manioc, fruit à pain et tant d’autres aliments ancestraux cuisent dans un trou, le fameux four marquisien.

 

Vers 11h, les mets protégés dans des feuilles sont exhumés et disposés dans des umete, de longs plats en bois dont certains mesurent presque deux mètres. Après la bénédiction, les délégations servent les convives depuis leur stand : chaque île des Marquises a en effet préparé elle-même ses spécialités. Poisson cru au lait de coco, coquillages qui rappellent nos breniques bretonnes, pâté de tête, beignets, viande séchée et bien d’autres préparations inconnues. Je goûte à tout ce qui est disponible sans trop savoir ce que j’avale ; les filles, elles, sont plus prudentes…

 

 

Repas zéro plastique

« Aujourd’hui, nous mangeons comme nos ancêtres », déclare l’un des chefs du Matavaa. De fait, aucun contenant en plastique n’a été utilisé. Les Marquisiens, habitués à cette pratique lors des grands repas collectifs, sont venus avec leur vaisselle 100% naturelle : noix de coco polie, tige de bambou évidée, assiette creuse en niau, (palme verte de cocotier)… Pour ma part, j’ai tressé avec application un plateau en palme pas vraiment étanche mais il a fait l’affaire. Même les touristes métropolitains jouent le jeu et finissent pas trouver sur le site leur récipient.

Danses, chants, costumes : quel spectacle !

Entre autres groupes, nous admirons la prestation de Rapa Nui (Ile de Pâques) car le Matavaa, organisé tous les 4 ans seulement, est ouvert au grand triangle polynésien ; suivant les éditions, des groupes de Tahiti, des Samoas, de Nouvelle Zélande ou encore de Hawaii enrichissent les spectacles.

Voici en vidéo quelques moments forts ! 

Tatouage : le corps-palimpseste

Noble activité, le tatouage rassemble ici les meilleurs artistes. Parmi eux, je reconnais le jeune Heretu Tetahiotupa. A 24 ans, il a co-réalisé, au côté de Christophe Cordier, l’exceptionnel documentaire Patutiki, une création inédite sur l’art du tatouage marquisien et qui fut unanimement saluée. En février 2019, alors que, par chance, je visionnais ce documentaire sur un drap tendu au sein de l’école primaire de Ua Pou, Patutiki recevait le prix du public du Fifo (Festival international du film documentaire océanien).

Au Matavaa, Heretu officie comme ses ancêtres, utilisant différents peignes en os aux dents pointues et imprégnées d’encre. Par de brefs coups de maillet, il fait rentrer le colorant sous la peau de Vehine, la cinquantaine négligemment étendue dans un simple tissu noué autour de la poitrine ; celle-ci se prête à la démonstration sous le regard médusé des visiteurs dont certains affichent carrément des rictus contrits. « Ça fait mal ? — C’est supportable », répond-elle alors que ses jambes subissent les assauts du peigne depuis plus d’une heure. Figurante dans le film Patutiki, la belle Vehine a décidé, l’an passé, de se faire tatouer tout le corps. « J’y ai pris goût, confie-t-elle tout en dardant vers moi son regard de biche — le contour des yeux est aussi marqué d’un trait noir indélébile. La raison est cependant loin d’être aussi frivole, comma sa réponse discrète pourrait le faire croire. « Patutiki » signifie « frapper le tiki », c’est-à-dire se mettre sur soi des parties du tiki, le démiurge marquisien. L’objectif est donc d’obtenir une protection divine en portant directement sur son épiderme le « mana », l’Esprit.

L’île de Ua Pou

Tatouage moderne au « stylo ».

Le banquet marquisien

Les danseurs rentrent en scène.

Du cuivre pour Azyu

Posé sur l’aire de carénage du chantier naval d’Hiva Oa, aux Marquises, Azyu se fait beau. En vidéo, notre quotidien de rude labeur compensé par une bonne ambiance/

Ras le bol de la corvée antifouling ! Chaque année, il faut gruter son voilier, le décaper et remettre une couche de peinture qui a pour effet de limiter l’adhésion des algues et des coquillages à la coque. De une, ça ne marche pas terrible ; de deux, tout cet antifouling polluant finit fatalement dans la mer.

Coppercoat, un antifouling durable

On arrête les bêtises car des solutions pérennes et plus écologiques existent. Notamment le revêtement au cuivre commercialisé sous le nom de Coppercoat. Combinaison d’une résine époxy sans solvant à une poudre de cuivre très pur, le produit est garanti 10 ans ! 10 ans sans réitérer des travaux de carénage détestables, Jean-Marie et moi-même avons dit : « banco ! ». Même 5 ans, ça nous ira très bien…

Racloir du matin au soir

Les hostilités commencent par une mise à nu des coques. Notre Nautitech 475 mesure 14 m de longueur ; 4 cotés, ça fait presque 60 m à décaper ! Racloir à main, ponceuse… des heures et des heures. Au bout de 10 jours, on a les bras qui tombent, des gueules de mineurs, des démangeaisons partout malgré les douches au scotch-brite mais, enfin, c’est fini.

Vient l’étape de la peinture : 6 couches qui doivent se succéder pour adhérer entre elles. Les gars peignent pendant 10 h sans pause ! Et moi je m’occupe de mélanger en continu la résine au durcisseur et au cuivre. J’arrive quand même à leur fourrer un sandwich entre le gant et le pinceau et surtout à les abreuver d’eau fraîche car il fait une chaleur de dingue. Dans le carré du bateau, le thermomètre affiche 38ºC ! Le seul avantage, c’est que les blattes ne survivent pas à cette fournaise.

Enfin, le bateau est magnifique, laqué d’une couleur orangée qui va virer au vert bouteille dès qu’il flottera.

Commercialisé depuis 30 ans, le Coppercoat semble sorti du cercle confidentiel. Plusieurs de nos amis navigateurs le testent avec satisfaction. Sur le chantier, Azyu a été traité en même temps que le monocoque Charlotte, les équipages travaillant ensemble : sympa !

Voici la vidéo de ces moments partagés avec les autres plaisanciers du chantier.

 

Vincent et Maria, les propriétaires du chantier MMS.

Dans l’atelier

Parution de Quatre marins dans un jeu de quilles

Je suis heureuse de vous annoncer la publication de Quatre marins dans un jeu de quilles, le récit de notre voyage (2016-2018) en Atlantique sur Balanec !

Écrit à la première personne, il se présente sous la forme d’un journal de bord vivant qui retrace, au jour le jour, notre vie maritime, nomade et familiale. Autant dire une aventure à chaque fois que l’ancre est levée !

Quatre marins dans un jeu de quilles, c’est une façon de percer à jour le huis-clos du bateau : l’émotion du départ, l’ambiance dans un 25m2, le stress des premières grandes traversées, les accidents de santé en pleine brousse, les pannes, le cache-cache pirate, la solidarité des gens de mer….

Ce carnet de route offre aussi une vue panoramique sur le monde : 23 pays visités tout au long de 140 escales avec de nombreux coups de cœur (le choc minéral à Lanzarote, les Mayas au Guatemala, les indiens Kunas des San Blas, la magie des Bahamas…)

Descriptif sommaire

  • Quatre marins dans un jeu de quilles
  • Auteurs : Gaëlle Poyade / Photos : Jean-Marie Gravot
  • Format : 14 cm x 21 cm
  • 300 pages dont 16 pages de photographies couleur
  • Parution : Avril 2020
  • Catégorie : Voyage – Développement personnel – Éducation alternative

Tarif : 16 € (+8€de frais de port en France métropolitaine). Pour tout exemplaire supplémentaire, les frais de port sont de 3€/livre. International ou UE nous contacter.

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Voici quelques photos, la table des matières et un extrait

Table des matières

  1. Jour J
  2. Derrière, le continent européen. Devant, Madère !
  3. Le rallye Cornell Sailing : 3 mois d’amicale plaisance
  4. L’Afrique portugaise et créole
  5. Transatlantique : 15 jours à 4 sur une coque de noix
  6. La France des tropiques
  7. Premières robinsonnades
  8. Bahamas, le bleu qui fait mal aux yeux
  9. Cuba, une utopie qui ne fait plus rêver
  10. Guatemala : des indiens silencieux au bord du rio Dulce
  11. Expatriés, plaisanciers, Amérindiens : des amitiés fortes
  12. Au cœur de la jungle, les pyramides, mystère de la civilisation maya
  13. Accueillis à bras ouverts dans une famille maya
  14. Honduras : les îles de La Bahia, poste avancé de la piraterie
  15. Panama : rencontre marquante avec le peuple indien kuna
  16. Canal de Panama : Balanec au côté des géants des mer
  17. Le monde est si beau vu du large

Annexe

Une histoire de famille — Voyageurs, vos papiers ! — Combien ça coûte ?

 

 

EXTRAIT – EXTRAIT – EXTRAIT

« 12 mai 2017

Après trois jours et trois nuits, nous atteignons Santa Fé, près de La Havane et gagnons la marina Hemingway. À 9 h du matin, les formalités d’entrée démarrent. Deux infirmières montent à bord prendre la température de chacun d’entre nous. Puis, c’est au tour des douaniers. L’un des hommes feuillette nos livres, ouvre les coffres, déplace les caisses. Il s’arrête, circonspect, sur la machine à coudre, puis sur le lave-linge : « C’est pour un usage personnel ? ». En fouillant, il tombe sur notre robot Thermomix, calé tête en bas : « C’est un téléphone ? ». J’ai envie de rire : un téléphone de 30 cm sur 20 cm ?! Mon Dieu, ils en sont peut-être encore au Minitel… […] Ensuite, il soulève le matelas de la bannette avant, avise un sac suspect et me demande ce qu’il contient. Je réponds « des habits ». Il enchaîne : « Les vôtres ? » Bon sang, les miens, ceux de mon mari, de ma grand-mère, quelle importance ? Il s’empare du sac et l’ouvre. Mince ! il est rempli de câbles téléphoniques. Il ne sourcille même pas et c’en est fini de la fouille. Ces quelques échanges suffisent à nous prévenir : Cuba, ça va être différent. »

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