Terre ! Madère !

Img 7510 thumbjpgAprès 4 jours de navigation, la montagne de l’île de Porto Santo se dresse devant nous. Retour sur cette traversée, la deuxième du genre.

Il est minuit. Je suis de quart. Jean-Marie dort dans le carré, tout habillé, emmitouflé dans le duvet. Le bateau file à 6 noeuds, barré par le régulateur d’allure qui travaille en silence (on l’a surnommé Tabarly) ; le vent de nord-ouest souffle autour de 15 noeuds. Pour plus de tranquillité, nous avons deux ris dans la grand-voile et un génois partiellement roulé. On avance bien.

Cela fait 3 jours que nous avons quitté Sesimbra, au sud de Lisbonne. Le mal de mer commence tout juste à prendre le large. La nuit est si profonde que je ne distingue guère que les abords du bateau. Par moments, Balanec se soulève dans une embardée sévère et un jet d’écume suit sur bâbord, tel un énergique coup de pinceau. Là-haut, le ciel est mi-étoilé, mi-nuageux.

Ah ! la scélérate !

Je règle la minuterie sur 25 mn et ferme les yeux. A la sonnerie, coup d’oeil sur la carte numérique : aucun picto de navire, aucun danger. Je me redresse pour un tour d’horizon : pas de lumière. Soudain, l’anémomètre s’emballe : 20 noeuds, une vague de travers et crac ! Une poulie du régulateur d’allure casse et le “taiseux” se met en déroute. Jean-Marie bondit de sa bannette et prend la barre. De toute façon, il était 3 h du mat’… Je lui refile mon bonnet, décroche ma sangle, fais glisser mon gilet de sauvetage et enlève dans le carré les autres couches (veste de quart, salopette de pêcheur, pull polaire, jean).

Demain 25 août, nous verrons la terre. Madère, Mater… je glisse dans les bras de Morphée.

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Gaëlle Poyade Journaliste
Gaëlle Poyade A bord du catamaran Azyu, Gaëlle Poyade observe et retranscrit ce que la navigation révèle : les teintes aquarellées du lagon, l’indolence des jours en mer et le partage d’une vie quotidienne simple.Elle raconte la Polynésie telle qu’elle se vit au fil des escales, portant une attention particulière aux rencontres chaleureuses, curieuses voire surprenantes. A travers son Carnet de voyage, Gaëlle invite à ralentir pour mieux ressentir ces iles, ces montagnes, ces hommes et femmes qui constituent l'âme de la Polynésie.

4 réflexions sur “Terre ! Madère !”

  1. Lionel Tristan

    Bientôt le grand départ.
    J’aime suivre votre périple.
    Difficile d’imaginer l’état d’esprit que l’on peut avoir avant de faire la grande traversée, excitation, angoisse, sérénité, passion… Surement un mélange de tout ca…
    Je vous embrasse fort,
    Lionel

    1. Salut Lionel, ça me fait plaisir ton petit signe de la main. Chaque traversée (Gascogne, 3 jours; Madère, 4 jours) est un « vrai » départ. C’est sur, 15 jours sans voir la terre, ça doit être quelque chose ! Il faut réussir, donc pour moi le bon mot, ce serait « courage » ! Il faut dire que je n’arrive pas à faire de yoga sur le bateau: y a pas un endroit de plat !! Gros bisous tous les 4. Gaelle

  2. Moi aussi, j’ai mon Tabarly : un rosier rose-rouge baptisé à son nom… Nous l’avons planté à côté de l’olivier que nous avons appelé Kersauson …😊

    C’est toujours la nuit, quand tout est bien réglé, qu’il y a des avatars !

    Merci pour toutes ces nouvelles, bonne continuation,
    Bises à tous

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