Révolution, j’écris ton nom

Havane3030 15 Mai 2017Pas un mur qui ne peigne le portrait du Che, qui scande un slogan nationaliste ou qui rende hommage aux patriotes sacrifiés. Cuba vit complètement dans le souvenir de la Révolution, du moins en façade…

Un peu d’Histoire. Luttant contre l’occupation espagnole, Cuba tombe, en 1898, sous la mainmise américaine qui en fait une sorte de protectorat (ce qui explique l’existence de la base actuelle américaine de Guantanamo ; j’ai mis du temps pour le comprendre !). Au début du XXe siècle, en raison de la Prohibition qui sévit chez le voisin, Cuba devient le lieu de tous les plaisirs de la jet-set américaine : sexe et jeu sous les tropiques font de La Havane la capitale de la prostitution, de la mafia et de la corruption. Des présidents fantoches se succèdent jusqu’à un certain Fulgencio Batista qui s’empare du pouvoir en 1952 lors d’un coup d’Etat. Pion des Américains, il laisse se développer le vice sous toutes ses formes dans la capitale et terrorise la population.

Une indépendance toute récente

La suite, vous la connaissez. Un jeune étudiant en droit, Fidel Castro, entame une guérilla dès 1953. A force d’attentats et soutenu notamment par les paysans, il ébranle l’armée qui bat en retraite. Le dictateur Batista n’a plus qu’à s’enfuir. Le 1er janvier 1959, Fidel Castro entre victorieux dans La Havane au côté de ses fidèles compagnons, son frère Raul, Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos.

Au lendemain de cette victoire, le pays choisit la voie communiste en s’alliant avec l’URSS. Nationalisation des terres agricoles, des industries, chasse aux sorcières, alphabétisation, accès gratuit aux soins de santé, etc., les changements sont radicaux. Jusque dans les années 2000, avec Fidel Castro toujours au pouvoir (Parti unique oblige !), Cuba demeure un bastion communiste intransigeant. Après réflexion, je me dis que, quand on a abusé des bonnes choses, on a tendance à se mettre au régime, non ? La débauche fait le lit du puritanisme, l’égoïsme celui du nationalisme aveugle. La faute aux Américains ?

60 ans de Révolution, ça use…

Au tournant du XXI siècle, l’effondrement du bloc soviétique à l’est, les difficultés économiques (80 % de fonctionnaires, ça coûte !) et l’isolement de l’île à tout point de vue mettent sérieusement en péril ce modèle. En un mois dans le pays, je ne prétends pas cerner la situation, juste remarquer certaines choses. Comme l’absence de kiosques à journaux. L’interdiction d’un grand nombre de sites sur Internet. Pas moyen, pour nous, d’acheter en ligne des fournitures pour le bateau, ni de consulter Lemonde.fr. De toute façon, les accès au web sont cantonnés à des lieux précis (118 salles dans tout le pays + des espaces publics circonscrits). Pour nous, c’est le hall d’un hôtel à 20 minutes de marche (et souvent, ça rame). Les accès à Internet sont également limités en durée au moyen de cartes valables une heure.

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Sur cette place de Santa Clara ça capte les habitants se rassemblent pour téléphoner Cest plus sympa que de surfer chez soi devant la télé non

Des magasins quasi vides

L’embargo américain a entraîné de nombreuses pénuries sur l’île. On ne trouve pas systématiquement de papier toilette dans les hôtels ou les restaurants. Le savon est aussi une denrée rare. Les rayons des magasins alimentaires sont certes achalandés mais il n’y a, généralement, qu’une seule marque. Sur 5 mètre de rayonnage, c’est les céréales pour le petit déjeuner All Bran Spécial Fibres ou rien. Le chocolat, les conserves de thon, certaines confiseries se comptent sur les doigts d’une main et sont sous clés dans des vitrines.

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Une banderole contre lembargo américain

Dans ce contexte, j’imagine que les Cubains ont développé leur ingéniosité afin d’obtenir ce qui leur a longtemps manqué. Ce sont sans doute les champions du recyclage ! Chaque matin d’ailleurs, un monsieur arpente les quais de la marina, demandant poliment aux propriétaires des bateaux s’ils se débarrasseraient de certaines choses, bouts, bidons en plastique…

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Un savon naturel il suffit de frotter ses mains avec ce fruit qui dégage en plus un délicieux parfum

Des surveillants à chaque coin de rue

Partout, on croise des personnes chargées de la sécurité : gardien de parkings devant les boutiques, les plages, les sites touristiques, les chambres chez l’habitant, vigiles à la marina (pratiquement un par ponton !), guérites aux intersections des avenues dans La Havane. Même les sanitaires de la marina sont surveillés la nuit par des femmes qui s’endorment sur le coin d’une table ! A quoi ça sert ? La conséquence positive, c’est qu’on se sent en sécurité au moindre endroit.

L’air de rien, j’interroge un maximum de personnes pour savoir comment elles perçoivent leur liberté restreinte. Peuvent-elles voyager ? Bien souvent, on me répond que c’est possible mais que le coût d’un séjour à l’étranger est hors de portée de leur bourse. Pourtant, 1 million de Cubains sur les 11 millions que compte le pays sont expatriés. Appartiennent-ils tous à un milieu aisé ? Malgré mes balbutiements en espagnol, je continue d’enquêter.

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Mur syndical à lentrée dune Maison de la culture

Libéralisation progressive

En nous baladant sur l’île, nous déjeunons dans plein de petits restaurants. Le menu est souvent le même : assiette de crudités (toujours tomates+concombres) et poulet frit servi avec du riz et des chips de banane plantain. La déception des filles quand elles ont vu les bananes au lieu des frites tant espérées ! A Santa Clara, une fois n’est pas coutume, nous tombons sur une assiette bien cuisinée de poisson, crevettes et de langouste. Sommes-nous dans un restaurant d’Etat ? Car jusqu’en 2011, seuls les restaurants d’Etat avaient le droit de servir langoustes et crevettes ! Les autres, notamment les particuliers qui louent des chambres, n’avaient qu’à se contenter de riz-poulet ou porc-haricots noirs. Pas très vendeur !

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Havane3019 15 Mai 2017Cette Plaza de la Révolution, à La Havane, est érigée d’un étrange obélisque, en mémoire de José Marti, le héros de l’indépendance acquise à la fin XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est peut-être vis-à-vis de son histoire que Cuba doit prendre une certaine indépendance…

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Gaëlle Poyade Journaliste
Gaëlle Poyade A bord du catamaran Azyu, Gaëlle Poyade observe et retranscrit ce que la navigation révèle : les teintes aquarellées du lagon, l’indolence des jours en mer et le partage d’une vie quotidienne simple.Elle raconte la Polynésie telle qu’elle se vit au fil des escales, portant une attention particulière aux rencontres chaleureuses, curieuses voire surprenantes. A travers son Carnet de voyage, Gaëlle invite à ralentir pour mieux ressentir ces iles, ces montagnes, ces hommes et femmes qui constituent l'âme de la Polynésie.

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