Portobelo, l’antichambre des grandes expéditions

Portobello26022018 img 0002A l’issue de notre traversée épique entre le Honduras et le Panama, nous relâchons dans la baie de Portobelo dont les murailles témoignent d’une riche histoire coloniale.

Lovée au fond d’une anse resserrée, la cité de Portobelo apparaît endormie depuis un demi millénaire, comme quittée par les conquistadors du jour au lendemain. Des remparts envahis de mousse ; une enfilade de canons pointés vers la mer ; un imposant bâtiment ancien en piteux état ; des vautours dans les rues ; des maisons sales lapées par une eau boueuse ; de multiples épaves à demi émergées. Sous un ciel bas et gris, l’ensemble donne une impression de décrépitude avancée.

 

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Vautour en maraude

 

 

Un site militaire et marchand

Pourtant, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, Portobelo fut le plus grand port espagnol d’Amérique centrale. Découvert par Christophe Colomb en 1502, lors de son 4e voyage, le site s’avère d’emblée stratégique afin d’expédier les richesses du Nouveau Monde vers l’Europe. Notamment l’or du Pérou qui transite, côté Pacifique, par la ville de Panama. En 1746, la cité est détruite par les Anglais et, bien que rebâtie en 1751, elle ne retrouvera jamais son lustre d’antan. Aujourd’hui, cette bourgade de 4000 âmes vivote derrière ses remparts plutôt bien conservés. Cependant, les fortifications San Jeronimo, Santiago et San Fernando raconteraient encore davantage d’histoires si elles n’avaient pas été en partie démantelées au début du XXe siècle afin de servir à la construction du Canal de Panama. Pour en savoir plus, nous pénétrons dans le Real Aduana (Maison de la douane), un beau bâtiment d’époque en cours de restauration.

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Tranquille, tranquille

Une fois quitté le front de mer et sa vue désolante – 8 navires agonisent dans la vase depuis le passage de la tempête tropicale Otto en novembre 2016 –, nous retrouvons, côté rues, une ambiance caribéenne décontractée. La musique joyeuse glisse d’une maison à l’autre et inonde les bus décorés comme si c’était carnaval. Nombre de façades sont peintes de motifs oniriques ou naïfs colorés. Et la population noire invite à la nonchalance.

Tempête Tropicale Otto 2016

Notre flânerie nous mène jusqu’à l’église joliment peinte en violet et blanc. Sur les trois côtés, ses hautes portes sont grandes ouvertes, invitant à jeter un œil, puis l’autre, voire à s’asseoir. Que j’aime ces édifices traversés par les bruits de la rue, et qui posent sur eux un voile de douceur. Plusieurs statues de Jésus interpellent les filles, notamment celle du Christ Noir vêtu d’une chasuble violet. L’idole est célébrée chaque 21 octobre, à l’occasion d’un pèlerinage très couru. Le Christ porte sa croix dans une expression d’abnégation tellement saisissante que je rassure Erell, 6 ans : « c’est une sculpture, pas une vraie personne, d’accord ? ».

Eglise Du Christ Noir
Eglise de Portobelo à la saison des pluies
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Le Christ Noir

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Salle d’attente pour le passage du canal

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La baie de Portobelo

Deux mois plus tard, fin février, quand nous revenons dans la baie, après une belle escale aux San Blas, l’atmosphère a bien changé. Ou notre regard ? La saison des pluies étant passée, Portobelo porte sous le soleil bien mieux son nom. Surtout, le mouillage que nous avions trouvé quasiment vide en début d’année (en dehors des bateaux naufragés !) s’est animé d’une quarantaine de voiliers. Nous y retrouvons plusieurs bateaux-copains et échangeons les bons tuyaux (internet gratuit, bus ou taxi, approvisionnement en gros, procédures administratives…). Car l’ambiance est au grand départ. La plupart des navires attendent avec excitation, sinon impatience, leur date de passage du Canal de Panama, suivi en majorité par la traversée du Pacifique. Du haut de ses murailles fatiguées, Portobelo continue à abriter le rêve d’expéditions vers de nouveaux mondes.

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Gaëlle Poyade Journaliste
Gaëlle Poyade A bord du catamaran Azyu, Gaëlle Poyade observe et retranscrit ce que la navigation révèle : les teintes aquarellées du lagon, l’indolence des jours en mer et le partage d’une vie quotidienne simple.Elle raconte la Polynésie telle qu’elle se vit au fil des escales, portant une attention particulière aux rencontres chaleureuses, curieuses voire surprenantes. A travers son Carnet de voyage, Gaëlle invite à ralentir pour mieux ressentir ces iles, ces montagnes, ces hommes et femmes qui constituent l'âme de la Polynésie.

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