Le tapa, l’étoffe polynésienne

Qu’on se le dise, les Polynésiens ne vivaient pas à poil ! Avant l’arrivée des explorateurs occidentaux, ils portaient des vêtements en tapa, une étoffe fabriquée à partir de l’écorce des arbres. L’équipage de Azyu s’est essayé à sa confection à l’occasion d’une journée culturelle à Raiatea.

Tout au sud de l’île, comme à l’abri de la frénésie urbaine, le marae Taputapuātea s’éternise sous le soleil. Ce site archéologique, classé Patrimoine mondial par l’Unesco depuis 2017, est un lieu sacré et, de tous les marae en Polynésie, le plus vaste et le plus réputé. C’est naturellement sur cet espace que l’association A Nui Taputapuātea organise ses journées culturelles.

Le site du marae Taputapuātea

Le mythe des vahine nues

Courant octobre, elle a invité à découvrir diverses pratiques artisanales dont la fabrication du tapa. Cette matière accompagnait les Polynésiens de leur naissance à leur mort puisque tout bébé y était emmailloté et tout défunt enveloppé avec. Avant l’arrivée des premiers missionnaires et, par conséquent, des cotonnades, les Polynésiens étaient donc habillés au quotidien de tapa. Le mythe de gens nus accueillant les navigateurs étrangers provient sans doute du fait que cette matière ne résiste pas à l’eau. Avant d’aller dans la mer à la rencontre des étrangers, les insulaires se sont alors dévêtus. À l’époque également, il était de coutume de baisser son tapa devant un chef en signe de respect. Ceci explique cela.

Une matière tapée et non pas tissée

Le tapa provient des arbres, en particulier de quatre essences : le banyan (te ‘ora), le mûrier à papier (te aute), l’arbre à pain (te ‘uru) et le ficus du teinturier (te mati). On commence par couper une branche que l’on gratte superficiellement avec un coquillage. Puis commence le premier travail de battage. Posée sur une enclume, la branche est frappée à l’aide d’un maillet de forme rectangulaire. Au bout d’un quart d’heure, l’écorce se détache tel un rouleau de papyrus ; elle est mise à tremper pour être attendrie et aplanie.

S’ensuit la deuxième phase de battage, longue, dure et décisive quant au rendu final. L’écorce mouillée est placée à nouveau sur l’enclume et battue avec le maillet qui casse progressivement la fibre du bois. Petit à petit, l’écorce s’affine et s’agrandit. Méticuleux et acharné, Jean-Marie voit son tapa tripler de longueur alors que Erell commence à se démoraliser. Déjà une heure que nous battons cette peau !

Chanter au rythme des battoirs

Pour s’encourager, les ancêtres chantaient le Pata’ uta’u, une ritournelle autour de cette activité. Titaua, notre enseignante, l’entonne afin d’aider la vingtaine de participants à aller jusqu’au bout. En secret, nous nous réjouissons tous de notre petit morceau qui ne dépasse guère 50 cm. Se lancer dans une tunique prendrait combien d’heures ? Et combien de jours pour la confection d’une voile de pirogue ?

L’encre des tatouages

Pendant que nos tapa, déclinés en une variété de jolis tons ocre, sèchent au soleil, nous nous intéressons à l’encre qui permet de les décorer. Il s’agit de la même encre que celle utilisée jadis pour les tatouages. Elle s’obtient à partir de noix de bancoul mises à brûler dans un four bien particulier. La suie qui se crée à l’intérieur du four est prélevée et mélangée à l’eau de coco, à l’huile de coco (monoï) ou bien, dans notre cas, à la sève de bananier. Le liquide noir est un puissant colorant que l’on injectait sous la peau ou bien sur la surface des tapa.

Après s’être exercé au tressage en palme de cocotier, au débourrage de coco ou bien à la gravure sur bois, nous reprenons chacun notre tapa pour y peindre tiki, gecko, frises en dents de requin et autres motifs traditionnels. Devant l’étonnement de certains quant au résultat, Titaua glisse avec un sourire en coin : « le tapa ressemble à celui qui le fabrique ».

Décoquage des noix de bancoul, brûlage et récolte de la suie pour fabrication de l’encre à tapa.