Kenavo Balanec !

Six mois après sa mise en vente, Balanec change de mains mais pas de patrie. Le pavillon français et le gwen-ha-du continuent de flotter sur le monocoque qui se prépare à rentrer au pays au cours d’un long périple.

Fin août, Jean-Marie et moi-même commencions à nous inquiéter. Qu’allons-nous faire de Balanec à l’approche de la saison cyclonique ? Tahiti est en effet zone à risque, c’est pourquoi, dès novembre, nous prévoyons de pointer l’étrave d’Azyu vers les Marquises, archipel protégé. Pas question d’y traîner notre troisième coque et, pour l’heure, nos recherches de parking ont reçu une fin de non recevoir : pas de place à terre.

Le bon client

C’est ainsi embarrassés de notre 9 tonnes que nous recevons l’appel enjoué de Christian. Il habite le Relecq-Kerhuon, dans le Finistère ; il cherche un Ovni. On est tout disposé à lui céder ! Par hasard ou par intuition (?), il a programmé un voyage en Polynésie avec son épouse en octobre. Descriptif détaillé de l’Ovni, inventaire de l’équipement, photos dessus, dessous, dedans, vidéo mise en ligne sur la chaîne YouTube Atao Balanec… Ne manque que la visite réelle qui se fera par l’intermédiaire d’un ami vivant sur Tahiti, ce dernier retransmettant en vidéo via Skype la découverte du monocoque et les explications de Jean-Marie. Le couple est conquis et signe pour l’achat de ce bateau situé à l’autre bout du monde.

Rencontre et passation

L’avion de la compagnie French Bee chasse l’aube rosée de ce 14 octobre qui s’effiloche entre la centaine de mâts ensommeillés de Taina. Tout juste atterris, Jean-Marie réceptionne Christian, Françoise et leur ami Jean-Yves à la marina. Derechef, il les dépose en annexe sur Balanec mouillé non loin de la barrière de corail. Les prochains jours leur sont consacrés afin de leur donner le maximum d’informations sur le fonctionnement du bateau. Comme ce n’est pas leur première acquisition et qu’ils savent bien naviguer, ils prennent leurs marques rapidement. Quel soulagement de savoir l’Ovni entre de bonnes mains ! D’autant que Balanec s’apprête à vivre le voyage retour (et pas en deux années comme à l’aller).

Direction Soleil levant

Alors que nous quittons la région de Tahiti et Moorea pour les Tuamotu puis les Marquises, nous saluons une dernière fois Christian dans les starting-blocks. Avec Jean-Yves et un troisième comparse, il vise le Panama sans avoir encore décidé de la route : nord via Hawaï ou sud par le Chili. Quoi qu’il en soit, la navigation jusqu’en Amérique centrale d’au moins 4000 milles et contre les alizés sera dure. Nous lui souhaitons bon courage et que la mer lui soit clémente. Franchissement du canal de Panama, mer des Caraïbes, traversée de l’Atlantique… Balanec devrait retrouver ses quartiers maritimes d’origine courant 2020. Ne vous étonnez donc pas, amis  « breizhiou », d’apercevoir le sloop en aluminium en mer d’Iroise. De notre côté, nous serions ravis de recevoir des nouvelles de Tec-Tec, la nouvelle identité de Balanec. Christian et Françoise l’ont ainsi renommé en hommage à un petit oiseau de La Réunion, une île chère à leur cœur pour y avoir vécu nombre d’années.

Bye-bye Tec-Tec !

Rentrée scolaire à Moorea

Le 14 août dernier, la sonnerie des écoles de Paopao retentit si fort que les moussaillonnes de Azyu sautent sur le ponton et rappliquent. Coline est inscrite en 6e et Erell en CE2. Que s’est-il passé durant ce premier mois ?

Quittant Tahiti toute proche, Azyu mouille son ancre dans la baie de Cook, entre les montagnes couvertes de végétation si abondante que le miroir d’eau semble vert émeraude. Exactement en face se situe le complexe scolaire : école maternelle (100 enfants), école primaire (350), collège (600) et le gymnase.

Du côté du collège

Au premier jour, Coline se faufile, comme une petite souris, entre les rangs d’adolescents frénétiques. Grands, gros, costauds, beaucoup, au mêmes âge qu’elle, font le double de son poids. Ils se hèlent d’un bout à l’autre de la cour qui vibre de leurs sifflements stridents, presque douloureux, la dernière mode, apparemment. Sac sur le dos en guise de carapace, Coline rejoint sa classe de 25 élèves.

Comprendre les codes

A la fin de la semaine, la collégienne, très excitée, est complètement emballée. Elle s’étonne de toutes les matière inscrites sur son emploi du temps, 11 au total, certaines jamais pratiquées à bord d’Azyu : « c’est quoi physiques-chimie, EMT, SVT ? ». Néanmoins, elle se familiarise en un rien de temps avec tous les codes et les abréviations : « Après l’AS du mercredi, je dois finir mon DM en maths. Demain, je passerai au bureau de la Vie scolaire pour l’élection des délégués de classe et de l’APE et on se rejoint au CDI à 14h50. OK ? » Nous autres parents sommes un peu dépassés par tous les plannings, « options obligatoires », formulaires de mise en garde, autorisations, contrats moraux à signer… De leur côté, les jeunes sont abreuvés de règles et de sentences (3 points de moins en français si on oublie son cahier !). L’organisation bien huilée souffre quelques ratés, notamment l’absence inopinée de profs. On propose à notre fille aînée une VHF portable pour nous prévenir mais les autres élèves ayant, paraît-il, TOUS un téléphone portable, elle décline poliment. La honte « intergalactique » au moment d’appeler « Azyu, Azyu ! De la terre, est-ce que vous me recevez ? »

Les notes, le sésame

L’ambiance en cours est sympa mais l’objectif clairement affirmé des professeurs tourne exclusivement autour des notes : travailler pour avoir des 20/20, des +, des A… Nous qui répétons à l’envie à Coline qu’elle étudie pour elle-même, pour se sentir forte, capable, fière et avoir un large choix de métiers, nous sommes très circonspects face au discours ambiant. Mais notre fille adhère à fond, elle qui n’a jamais eu une seule note de sa vie. Elle va pouvoir commencer une collection avec le logiciel ProNote qui contient toutes les notes de l’élève par matière, les appréciations des professeurs et même les devoirs à faire jour après jour ! Un code d’accès pour l’élève, un code pour le père, la mère, le tuteur : grand-mère, oncle, parents adoptifs… En effet, nombre d’enfants sont faamu, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas élevés par leurs parents biologiques mais par d’autres membres de la famille, suite à des difficultés financières ou relationnelles ou par commodité. Ce logiciel ProNote se révèle dans ces cas très utile pour suivre la scolarité d’un jeune dont la situation familiale change.

Activités nouvelles

Parmi les découvertes, il y a le tahitien, une langue vraiment compliquée a priori pour les farani (Français). Heureusement, ses copines Haukealanie (« Douce âme ») et Poeari (« Reine des perles ») invitées sur le bateau, la font réciter les phrases d’usage. Le sport est au programme même en plein cagnard : rugby, foot, basket, ping-pong, freesbee, course à pied… « Ah ! Ils croyaient pas que j’allais y arriver mais j’ai couru 10 km sans m’arrêter ! », raconte Coline remontée à bloc. A la récré, elle s’assoit au centre de documentation et d’information, un espace calme, climatisé et meublé de banquettes moelleuses. Les premiers temps, elle s’y sent moins seule, en confiance parmi les livres qu’elle emprunte aussi pour sa maman car la bibliothèque foisonne d’ouvrages se rapportant à la Polynésie : Histoire, traditions, légendes, cétacés… D’après Coline, les autres jeunes ne lisent pas beaucoup. Quand elle a voulu donner quelques-uns de ses romans volumineux (l’obsession sur un bateau du poids et de la place), elle s’est entendu répondre : « Non, merci, j’ai déjà un livre à la maison ». Rapidement, elle adopte la vie du collège, son fonctionnement, ses professeurs drôles ou obtus et surtout les palpitantes histoires entre copains.

Interview d’Erell

Raconte-nous l’école de Paopao

Mon professeur est très gentil. Il s’appelle Monsieur Rainui. Les premiers jours, on n’avait pas de cahiers car les fournitures étaient toujours dans le cargo qui vient de Métropole. Alors, on a passé beaucoup de temps au faapu, notre jardin juste derrière les classes. Il y a déjà un uru, des bananiers, des ananas, des papayes, des goyaves, du manioc, des corossols, des citronniers, des pommes d’eau, des pamplemousses et un cocotier. Il fallait tout écrire sur une feuille ! Monsieur veut qu’on plante des orangers, on va utiliser des tuteurs. Et on a aussi regardé le diaporama du Voyage de Balanec en salle d’informatique. Monsieur, il en savait plus que moi sur les pays !

Et la cantine ?

J’y vais tous les jours même quand l’école finit à 11h. Le couvert est mis et les assiettes remplies. Il y a l’entrée, le plat de résistance, la tranche de pain et le dessert, tout dans la même assiette. Je mange bien sauf quand c’est épinard-taro, je déteste ! Luis, ce qu’il adore, c’est poulet citron avec du miel.

Ce midi, devine ce qu’il y avait sous ma table ? Un cent-pied ! Juste à un mètre de ma jambe ! La dame de la cantine l’a écrasé avec son balai parce que la piqûre fait hyper mal !

Et tes copines ?

Je suis dans la même classe que Kehaulani qu’on a rencontrée l’année dernière à Moorea. Je me suis fait d’autres copines aussi, elles s’appellent Nanihi et Vaikiva. On s’amuse super bien ensemble. J’aime beaucoup cette école !