T-Cup : Azyu régate !

Chaque week-end de Pentecôte, depuis plus de 30 ans, la petite île de Taha’a (où se tourne la 2ème saison de Koh Lanta), invite les voiliers à disputer la T-Cup : une régate amicale qui se joue sur le lagon en journée et sous les cocotiers en soirée.

Deux courses en un week-end

Démarrée en 1986, la T-Cup n’a jamais cessé d’exister sauf l’an dernier, en raison de « celui dont on ne prononce pas le nom ». Les organisateurs ont eu la bonne idée de réparer le préjudice en proposant deux régates ; nous avons donc couru le samedi pour l’édition 2020 et le dimanche pour l’édition 2021.

Le samedi, l’objectif était de faire le tour de Taha’a, petite île ronde voisinant avec Raiatea (dont elle partage le lagon) et Bora Bora qui dresse fièrement sa montagne quasi rectangulaire.

31 bateaux étaient inscrits dont 13 multicoques. Alors que nous relevions la ligne de départ, prévu à 9h30 heure GPS, nous voyons filer pleine balle, au près, plusieurs monocoques partis 10 mn avant l’heure !

C’est parti mon tiki !

On comprend dans l’instant que, à part l’interdiction d’allumer le moteur, il n’y a pas vraiment de règles et pas de rating non plus : le premier arrivé a gagné ! Monocoques et multicoques sont cependant classés en deux catégories. Azyu s’élance donc avec tous ses handicaps, regrettant qu’il n’y ait pas la troisième catégorie « Voiliers avec toilettes », c’est-à-dire habités et donc lourds (3 cabinets de toilette !, cocotte-minute, stock de noix de coco, bilig…), très lourds de souvenirs (caisses de coquillages, bibliothèque, monticule de Playmobils…).

Slalom entre les patates de corail

« Super, je vais admirer tout le littoral de Taha’a », me suis-je dit. Tintin ! Je n’ai pas levé les yeux du rail de grand-voile, enchaînant les virements de bord. Effectivement, naviguer dans un lagon, c’est assez technique. Il s’agit de tirer des bords entre la côte qui a plus ou moins pas du tout d’eau (!), qui est plus ou moins rocheuse et la barrière de corail, à éviter absolument. Conséquence : la vingtaine de mille prévus en ligne droite se multiplie en plus d’une trentaine à force de louvoyer !

De son côté, Coline borde, choque, winche, hisse avec l’énergie de ses 13 ans. Avouons-le, en 2 jours de régate, les marinières en ont plus appris qu’en 5 ans de voyage…

La régate dans la régate

Parmi les concurrents, il y a la famille Alcade, un joyeux couple d’Italiens et leurs pétillants enfants de 4, 8 et 10 ans. Eux aussi voyagent sur un Nautitech 475. Aussi Vittorio met-il Jean-Marie au défi qui trouve cet adversaire plus sérieux que les Hobby Cat ou le 66, un prototype australien.

L’équipage de Alcade

Le dimanche, match race entre les deux bateaux-copains sur un parcours banane : on va jusqu’au grand banc de sable au sud, en direction de Raiatea, et on revient. Il n’y a plus que 18 participants ; la grosse soirée de la veille en a épuisé la moitié…

Azyu, dont les coques ont été frottées au Scotch Brite, se débarrasse de l’annexe amarrée à une bouée, ça fera toujours 250 kg en moins. Jean-Marie regarde d’un sale œil les cours du CNED de Coline, un lest d’une dizaine de kilos…(pas question, il reste encore 1 mois d’école !)

Vittorio, quant à lui, s’arrange pour vider les cuves à eau de leurs derniers litres : et si Carlotta ou Léo ont soif, il y a du jus du fruit et des bières au frigo…

Tea ou Taha’a Cup ?

Au portant, Azyu lance le spi asymétrique de 165m2, Alcade sort son Code zéro, une voile légère d’au moins 100m2. On les double, ils nous doublent, on les redouble, etc.

Bilan des courses : ex æquo, chacun gagne une manche. L’amitié est sauve. Et pour ce qui est du classement général multicoques, Azyu finit 8e sur 13 le samedi et 9e sur 9 le dimanche… Baccun gagne l’édition 2020, son capitaine détient 24h seulement la jolie tasse de thé avec soucoupe qu’il remet, dès le lendemain, au vainqueur 2021 : Mamarossa.

Le trophée de la T-Cup, une tasse de thé !

« Merci pour votre participation à tous ! » s’exclame Françoise, la propriétaire de Bisou Futé. Ce monocoque en aluminium remporte, lui, le trophée de la fidélité puisque, toujours présent en baie d’Apu, il a inauguré la première édition de la T-Cup en 1986. Chapeau !

Et maintenant, place à la fiesta !!

Bisou Futé marque l’arrivée.

Vue des hauteurs de Taha’a

Franchissement de la passe.

Et pourquoi pas en kite-foil l’an prochain ?

rpt

Montagnes de Polynésie : le paradis des randonneurs

Bleu céleste, bleu turquoise, bleu lagon… et si on se mettait au vert ? Tahiti, Moorea et Raiatea offrent de superbes balades. Prenez votre souffle, ça grimpe !

Bien que Tahiti concentre 70% de la population polynésienne, l’île capitale est pour ainsi dire vierge : sur ses 1 045 km2, seuls 150 km2 sont habités et exploités, principalement au niveau du littoral. Le reste n’est que montagnes majestueuses, vallées profondes, jungle inextricable et sentiers minutieusement débroussés.

Tahiti : la vallée de la Fautaua

Non loin de Papeete, la vallée de la Fautaua figure parmi les plus beaux sites de Tahiti. Jean-Marie et moi-même l’avons découverte en compagnie de nos amis Julien et Mathilde, nos filles ayant préféré faire l’école sur des bateaux-copains — que ne prétexteraient-elles pas pour échapper à l’ascension d’un énième mont !

Aux bains avec Pierre Loti

Propriété de la Polynésienne des Eaux, le domaine de la Fautaua sert d’immense réservoir d’eau potable aux Tahitiens. La vallée est, en effet, abreuvée de cascades spectaculaires et de rivières plus bucoliques les unes que les autres. C’est ce décor romantique à souhait que Pierre Loti décrit dans Le Mariage de Loti (1878). « On trouvait un large bassin naturel, creusé dans ,e roc vif. Dans ce bassin, le ruisseau de la Fataoua se précipitait en cascade, et versait une eau courante d’une exquise fraîcheur. »

Au long d’un récit qui dépeint Papeete et l’aristocratie maorie à la fin du XIXe siècle, l’officier de marine s’épanche sur ses journées passées dans ces ruisseaux… et dans les bras de Rarahu, sa très jeune vahiné.

Changement d’identité

Pour la petite histoire, c’est au cours de ce séjour que Harry Grant, l’officier de marine britannique, fut baptisé Loti. Le nom barbare Harry Grant révoltait les gosiers des princesses tahitiennes qui lui préférèrent Loti, nom d’une fleur.

Baignade glacée

Tout en rêvassant à cette époque où les hommes vivaient au quotidien dans la nature au lieu de la visiter le week-end, nous commençons à tirer sur nos mollets.

Altitude : 535 m. Nous voilà tout en haut de la cascade qui se précipite, 135 mètres plus bas, dans la piscine des amants Loti. Goûtons notre plaisir ! Deux vasques d’eau froide reliées par un toboggan de roche nous lavent en une seconde de notre sueur. La magie du lieu est encore renforcée par un arc-en-ciel qui se dessine chaque midi grâce aux gouttes d’eau pendant comme des perles sous le dôme basaltique noir.

Vestiges de la guerre franco-tahitienne

Si l’on remonte le cours de l’Histoire, la Fautaua est également connue pour la bataille de 1846 qui mit un terme à la guerre franco-tahitienne engagée en 1844. S’opposant au Protectorat français imposé à la reine Pomare IV, un groupe de Tahitiens rebelles se réfugie dans le fort Fachoda dont ils sont chassés par l’infanterie marine française. Les ruines du fort sont désormais couvertes de mousse.

Vestiges du fort Fachoda (vallée de la Fautaua)

Moorea : le col de Vaiare

Quelques jours plus tard, nous retrouvons Julien et Mathilde sur Moorea, l’île voisine de Tahiti. Cette fois, la randonnée est familiale : Coline (13 ans), Erell (9 ans), Norah (5 ans) et Tiago (9 mois). Et tout aussi sympa. Quelques hésitations au départ puis nous trouvons le bon chemin. À propos, si vous ne savez pas reconnaître un manguier d’un châtaignier, un goyavier d’un faux-pistachier, vous êtes perdus, à moins de croiser une âme charitable. En Polynésie, les arbres servent de panneaux signalétiques.

Parvenus sur la crête, nous admirons, d’un côté, la passe de Vaiare par laquelle les ferrys effectuent leurs rotations journalières avec la trépidante Tahiti. De l’autre côté se dresse la montagne percée, Mou’a Puta dont Leilani, adolescente amie, nous conte la légende :

« Une nuit, Hiro et sa bande de voleurs arrivèrent à Moorea pour voler le mont Rotui. Mais le guerrier Pai, qui se trouvait à Tahiti, réagit avec sa lance en bois exceptionnelle. Il la jeta si loin qu’elle traversa la mer et perça un grand trou dans le sommet d’une montagne, connue depuis sous le nom de Mou’a Puta (Montagne percée). Les coqs de Moorea, réveillés par les vibrations de la lance, se mirent à chanter de tous côtés, ce qui incita les voleurs à s’enfuir au plus vite, craignant le lever du jour. »

Raiatea : les crêtes de Macaranga

L’île sacrée de Raiatea est un parc de jeux pour les marcheurs. Outre le mont Temehani, il existe de nombreux points de vue émouvant de beauté. Depuis la route traversière qui relie le sud à l’est, la balade de Macaranga ne dure pas plus d’une heure aller-retour mais elle vaut le coup d’œil.

La vue nous plonge dans la vallée de la Faaroa, magnifique plaine abreuvée d’une rivière navigable en canoë, paddle, barque godillée… Des camaïeux de verts tapissent l’adret des montagnes tandis que l’ubac revêt son manteau mystérieux. Au sommet, nous entendons quelques grésillements typiques d’une espèce de cigale endémique de Raiatea.

Plein de ramboutans (litchis) délicieux !

Du haut de Raiatea