Apnée : moins on respire, plus on vit

En 2019, sur Moorea, Jean-Marie et moi-même avons été initiés à l’apnée par Denis Grosmaire, le champion polynésien. Mais c’est Adrian Escobar, qui vient de fonder son école DeepZen sur Raiatea, qui nous a emmenés bien plus profond que nous ne pensions…

Si l’apnée commence dès lors que l’on retient sa respiration dans l’eau, elle recouvre un large éventail de spécialités allant de la chasse sous-marine à la nage synchronisée et même au rugby et au hockey sous-marins ! 

Dans la formation AIDA 3 que nous avons suivie, Adrian nous a coachés dans 3 disciplines : l’apnée statique, l’apnée dynamique et l’apnée en profondeur. 

La première, l’apnée statique, nous nous y étions déjà bien entraînés : Jean-Marie garde bien paisiblement la tête dans l’eau plus de 3 mn et moi 5 mn.

Apnée dynamique

Rendez-vous à la « piscine » de Uturoa avec Adrian. Trois longueurs de quai en forme de U dessinent un semblant de bassin qui s’ouvre à l’infini sur le lagon. Eau de mer donc à 28°, corail au fond et oursins diadème prêts à repousser les intrus. Pour ma part, je préfère ce décor aux carreaux sans poésie d’un établissement chloré.

55 mètres d’une traite

Le test consiste à nager avec palmes mais sans reprendre son souffle sur 55 mètres. Pour nous échauffer, nous enchaînons 16 longueurs de 25 m avec un temps de récupération de plus en plus court. Après une phase de découragement (mais pourquoi je me suis inscrite à ce truc ?!), la magie opère. Le cerveau se débranche, le corps trouve sa position hydrodynamique et, moins on respire, plus c’est facile, limpide.

Voilà ce que nous donne l’apnée, la sensation de nos origines aquatiques. C’est particulièrement fort quand on s’essaie à descendre dans les entrailles de la mer.

Sorties profondeur

À quatre reprises, Adrian vient nous chercher sur Azyu pour nous amener sur plusieurs sites de plongée. L’objectif est, progressivement, de descendre jusqu’à 24 m.

D’abord, nous nous hâlons sur un bout, lentement pour absorber la pression qui s’exerce en particulier sur les oreilles et les sinus. Puis, nous effectuons les descentes à la palme.

Plongée à l’intérieur de soi

Mètre après mètre, on rentre dans sa bulle, on se concentre sur son ressenti. Quand on s’offre quelques secondes d’agachon, à observer la dérive du plancton, milliers d’organismes transparents, on se sent appartenir à l’univers liquide. 

Ces moments intenses de calme reposent sur la relaxation. Plus nous sommes détendus et confiants, moins nous consommons d’oxygène. Toutefois, si le mental fait beaucoup, la nature, notre nature animale plus précisément, déclenche, pour sa part, le réflexe d’immersion. Il s’agit d’une série d’adaptations telles que le ralentissement du rythme cardiaque, l’afflux du sang vers les organes vitaux (cerveau-cœur-poumons) ou encore le blood shift (protection des poumons contre la pression sans quoi, dès 30 m, ils seraient écrasés). Incroyable, non ?

Le simple contact de l’eau sur le visage informe notre cerveau que nous redevenons dauphin, otarie ou baleine… en somme mammifère marin.

L’apnée, un puits sans fond ?

Dans les années 1950, époque des premières compétitions, les scientifiques estimaient que l’homme ne pouvait plonger au delà de 40 à 50 m sans attenter à sa vie. Ils ont été rapidement détrompés. En 1980, Jacques Mayol est descendu à moins 105 m (inspirant le film Le Grand Bleu sorti en 1988). Et, en 2007, l’Autrichien Herbert Nitsch explose le record mondial avec une performance de 214 m ! La discipline du No Limit (descente avec une gueuse et remontée en ballon gonflable ou via un câble) n’est plus le fer de lance de l’apnée en raison de sa dangerosité. Néanmoins, son appellation même nous dit qu’il n’existe peut-être pas de limite à une profondeur maximum : l’homme ne s’adapte-t-il pas en continu ?

 AIDA : une fédération toute fraîche

En attendant de rencontrer un cachalot, ce dernier retenant son souffle plus d’une heure au fond de son kilomètre de bleu (!), il y a encore du chemin à parcourir pour nous autres modestes grenouilles. Un chemin désormais tracé par l’Association Internationale pour le Développement de l’Apnée (AIDA), une toute jeune fédération créée en 1992 par des Français soucieux d’accueillir de nouveau pratiquants en toute sécurité.

Allez ! On reprend l’entraînement ! Moi, je retourne caresser les poissons-clowns planqués dans les anémones pendant que Jean-Marie et Adrian traquent les carangues dans la passe de Raiatea.

Jolie carangue et joli sourire d’Adrian.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire Profondeurs de Guillaume Néry (2016), un très beau livre à la fois personnel, scientifique et historique.

Et si vous voulez en savoir plus sur la Polynésie et notre aventure maritime, lisez notre récit de voyage tout juste publié : Quatre marins bien pacifiques.

T-Cup 2022 : une régate à voile et à rame.

Comme l’an passé, Azyu rejoint la flottille de joyeux lurons qui, chaque Pentecôte depuis 1986, crient « haut les cœurs » en faisant le tour de Taha’a.

Ce samedi 4 juin, une trentaine de bateaux se positionne entre la ferme perlière Champon et une bouée inratable en forme de rhinocéros soûl. Au top départ, les voiliers se lancent pour le tour du lagon de Taha’a.

Motivés !

La fleur au fusil, monocoques et multicoques se tirent la bourre la première heure. Puis, dès la 2e heure, la brise retombe. Par leurs couleurs et l’espoir qu’on place en eux, les spi redonnent un peu de nerf à cette course devenue pépère.

Abandons des petits

A la 3e heure, le vent se désintéresse complètement de la T-Cup : vengeurs, les plus frêles embarcations jettent l’éponge.
À la 4e heure, on sort les rames ! Sur Azyu, on se relaie tous les 4 pour faire avancer le catamaran à grands coups de pagaies depuis les jupes. Victoire ! On avance à 0,5 noeud ! Les filles essaient même la monopalme pour reposer leurs bras !

Moral en berne

À la 7e heure, comme le soleil se couche sur Bora-Bora, que le courant nous ferait presque reculer, le capitaine craque. Pour sûr, après s’être démené comme un chien, il a envie d’une bière et de repos.
Tant pis, on allume les moteurs. Pas question de rater la fête au Taravana Yacht Club !

Les jusqu’au-boutistes

Félicitations à nos amis italiens Alcade qui, comme quelques autres équipages, ont persévéré, franchissant en pleine nuit la ligne d’arrivée.

Résultat des courses : le hobby-cat 777 gagne dans la catégorie des multicoques. Baccun remporte la victoire chez les monocoques.

Que nous réserve l’édition 2023 ?

Regain de courses

La T-Cup s’inscrit dans la lignée de formidables spectacles ayant eu lieu sur l’eau ces dernières semaines :

Championnat de Polynésie d’Optimist

Expédition Kealaikahiki : sans aucun instrument de navigation, les pirogues à voile Hokule’a et Hikianalia ont parcouru les 5370 km qui séparent Hawaï de Tahiti. Un défi lancé aux étoiles !

Tahiti Pearl Regatta (TPR)
Lors de sa 18e édition, la TPR a vu courir 5 équipages en pirogue à voile (Holopuni).
Emblème de la Polynésie française puisqu’elle figure sur son drapeau, la pirogue à voile est tombée en désuétude alors que les Polynésiens ont gardé le goût inaltéré de la rame.

La présence de pirogues à voile autant à la Tahiti Pearl Regatta qu’à la T-Cup, ainsi que le fabuleux voyage Kealaikahiki fait réapparaître sous nos yeux la formidable épopée des migrations polynésiennes colonisant, depuis le Ier siècle avant J-C, le Pacifique d’ouest en est.

Holopuni dans la passe de Raiatea lors de la Tahiti Pearl Regatta.
Bisou Futé à la TPR.
Azyu lors la T-Cup.
Ô désespoir !
Même le capitaine doit ramer !
Les filles font avancer le bateau à la monopalme !
Nos amis sur Alcade.

Sacrée Raiatea !

Berceau de la civilisation polynésienne, l’île de Raiatea fut le point de départ des anciens navigateurs mā’ohi qui peuplèrent les îles du Pacifique autour du Xe siècle de notre ère.

Avant d’aller plus loin, Azyu s’y offre 3 mois d’escale.

Chacun profite à sa manière de cette « installation ».

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