Montagnes de Polynésie : le paradis des randonneurs

Bleu céleste, bleu turquoise, bleu lagon… et si on se mettait au vert ? Tahiti, Moorea et Raiatea offrent de superbes balades. Prenez votre souffle, ça grimpe !

Bien que Tahiti concentre 70% de la population polynésienne, l’île capitale est pour ainsi dire vierge : sur ses 1 045 km2, seuls 150 km2 sont habités et exploités, principalement au niveau du littoral. Le reste n’est que montagnes majestueuses, vallées profondes, jungle inextricable et sentiers minutieusement débroussés.

Tahiti : la vallée de la Fautaua

Non loin de Papeete, la vallée de la Fautaua figure parmi les plus beaux sites de Tahiti. Jean-Marie et moi-même l’avons découverte en compagnie de nos amis Julien et Mathilde, nos filles ayant préféré faire l’école sur des bateaux-copains — que ne prétexteraient-elles pas pour échapper à l’ascension d’un énième mont !

Aux bains avec Pierre Loti

Propriété de la Polynésienne des Eaux, le domaine de la Fautaua sert d’immense réservoir d’eau potable aux Tahitiens. La vallée est, en effet, abreuvée de cascades spectaculaires et de rivières plus bucoliques les unes que les autres. C’est ce décor romantique à souhait que Pierre Loti décrit dans Le Mariage de Loti (1878). « On trouvait un large bassin naturel, creusé dans ,e roc vif. Dans ce bassin, le ruisseau de la Fataoua se précipitait en cascade, et versait une eau courante d’une exquise fraîcheur. »

Au long d’un récit qui dépeint Papeete et l’aristocratie maorie à la fin du XIXe siècle, l’officier de marine s’épanche sur ses journées passées dans ces ruisseaux… et dans les bras de Rarahu, sa très jeune vahiné.

Changement d’identité

Pour la petite histoire, c’est au cours de ce séjour que Harry Grant, l’officier de marine britannique, fut baptisé Loti. Le nom barbare Harry Grant révoltait les gosiers des princesses tahitiennes qui lui préférèrent Loti, nom d’une fleur.

Baignade glacée

Tout en rêvassant à cette époque où les hommes vivaient au quotidien dans la nature au lieu de la visiter le week-end, nous commençons à tirer sur nos mollets.

Altitude : 535 m. Nous voilà tout en haut de la cascade qui se précipite, 135 mètres plus bas, dans la piscine des amants Loti. Goûtons notre plaisir ! Deux vasques d’eau froide reliées par un toboggan de roche nous lavent en une seconde de notre sueur. La magie du lieu est encore renforcée par un arc-en-ciel qui se dessine chaque midi grâce aux gouttes d’eau pendant comme des perles sous le dôme basaltique noir.

Vestiges de la guerre franco-tahitienne

Si l’on remonte le cours de l’Histoire, la Fautaua est également connue pour la bataille de 1846 qui mit un terme à la guerre franco-tahitienne engagée en 1844. S’opposant au Protectorat français imposé à la reine Pomare IV, un groupe de Tahitiens rebelles se réfugie dans le fort Fachoda dont ils sont chassés par l’infanterie marine française. Les ruines du fort sont désormais couvertes de mousse.

Vestiges du fort Fachoda (vallée de la Fautaua)

Moorea : le col de Vaiare

Quelques jours plus tard, nous retrouvons Julien et Mathilde sur Moorea, l’île voisine de Tahiti. Cette fois, la randonnée est familiale : Coline (13 ans), Erell (9 ans), Norah (5 ans) et Tiago (9 mois). Et tout aussi sympa. Quelques hésitations au départ puis nous trouvons le bon chemin. À propos, si vous ne savez pas reconnaître un manguier d’un châtaignier, un goyavier d’un faux-pistachier, vous êtes perdus, à moins de croiser une âme charitable. En Polynésie, les arbres servent de panneaux signalétiques.

Parvenus sur la crête, nous admirons, d’un côté, la passe de Vaiare par laquelle les ferrys effectuent leurs rotations journalières avec la trépidante Tahiti. De l’autre côté se dresse la montagne percée, Mou’a Puta dont Leilani, adolescente amie, nous conte la légende :

« Une nuit, Hiro et sa bande de voleurs arrivèrent à Moorea pour voler le mont Rotui. Mais le guerrier Pai, qui se trouvait à Tahiti, réagit avec sa lance en bois exceptionnelle. Il la jeta si loin qu’elle traversa la mer et perça un grand trou dans le sommet d’une montagne, connue depuis sous le nom de Mou’a Puta (Montagne percée). Les coqs de Moorea, réveillés par les vibrations de la lance, se mirent à chanter de tous côtés, ce qui incita les voleurs à s’enfuir au plus vite, craignant le lever du jour. »

Raiatea : les crêtes de Macaranga

L’île sacrée de Raiatea est un parc de jeux pour les marcheurs. Outre le mont Temehani, il existe de nombreux points de vue émouvant de beauté. Depuis la route traversière qui relie le sud à l’est, la balade de Macaranga ne dure pas plus d’une heure aller-retour mais elle vaut le coup d’œil.

La vue nous plonge dans la vallée de la Faaroa, magnifique plaine abreuvée d’une rivière navigable en canoë, paddle, barque godillée… Des camaïeux de verts tapissent l’adret des montagnes tandis que l’ubac revêt son manteau mystérieux. Au sommet, nous entendons quelques grésillements typiques d’une espèce de cigale endémique de Raiatea.

Plein de ramboutans (litchis) délicieux !

Du haut de Raiatea

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