40 h dans la peau de pseudo-émigrés

C’est la fin des vacances en Métropole. Nous décidons de rentrer sur Tahiti au moment où les frontières se transforment en souricière. Désormais, pour vivre sur le territoire des Polynésiens, il faut être des leurs.

Presque 3 mois de chaleur humaine compensent largement les températures frigorifiques que nous affrontons un jour sur deux de décembre à février. La corvée de bois vaut bien le bidonnage d’eau douce sur Azyu. Devant les cheminées, poêles, inserts des parents, beaux-parents et amis, nous profitons avec bonheur de la chaleur du foyer.

Sélectionner les gens qu’on aime…

Passer des journées entières ensemble est une chance réservée, malheureusement, à une liste de proches âprement sélectionnés, le Covid faisant barrière aux larges retrouvailles. « Je verrai Maxime mais pas Caroline ; tu verras ta sœur mais pas ta filleule, on oublie les vieux oncle et tantes et les cousins disséminés partout en France ».


Pourtant, dans le Grand Ouest, spécifiquement en Vendée et dans le Finistère, pratiquement personne n’a vu, de ses yeux vu, la queue du loup. S’il n’y avait pas la télé, est-ce qu’on s’en rendrait compte ? Tant mieux si rares sont les malades. Mais je ne comprends pas pourquoi l’est de la France est beaucoup plus contaminé que l’ouest : parce qu’on éternue vers l’est, avec les vents dominants dans le dos ?

Bon, maintenant que nous avons fait le plein d’embrassades illégales et de bisous virtuels, nous organisons notre retour sur Tahiti. Depuis le 6 février, il s’apparente plus à une demande d’immigration à moins de prouver qu’on est du pays.

 

VOYAGEURS, VOS PAPIERS ! 


Nous voilà, en ce 3 mars 2021, à l’aéroport d’Orly, avec nos 100 kg de bagages et notre « dossier » de ministre : passeports, billets d’avion, autorisation d’entrée en Polynésie, justification du motif impérieux, certificat de résidence, autorisation de quarantaine à bord, tests PCR négatifs, attestation sur l’honneur de respecter les gestes barrière, le couvre-feu, les contrôles, les 2 autres tests biologiques, etc. le tout imprimé en quadruple exemplaire.

On a bien fait ! Absolument tout a été contrôlé plutôt deux fois qu’une. Presque arrivés devant la passerelle d’embarquement tombe LA question subsidiaire : « si vous prétendez résider à Tahiti depuis 3 ans, pourquoi les passeports de vos filles refaits en 2020 indiquent Lanvéoc comme domicile ? »
Un filet de sueur coule le long de notre échine comme la douanière parisienne nous tance d’un œil mauvais.
— Euh… ben, en fait… comme on a… du coup…
Bon sang ! On a 10 000 papiers ! Laisse-nous passer sale cerbère !
C’est ce que j’aurais bien aimé dire mais un long silence m’a semblé plus judicieux.

Renfrognée, la policière nous rend les passeports d’un geste désabusé. Y’a des boulots moins sympas que d’autres.

 

Escale en musique : merci Vatea !


Ça y est ! On s’envole pour la Guadeloupe ; pendant le plein de kérosène à Pointe-à-Pitre, un magicien enchante l’escale : Vatea Arakino saisit sa guitare et entonne des airs tahitiens, marquisiens, paumotu. Avec ses mélodies rythmées, le chansonnier nous emmène aux trois sommets du triangle polynésien, de Hawaï à la Nouvelle Zélande. Sous les applaudissements, l’Airbus A350 redécolle quasi à vide. Nous ne sommes plus que 79 passagers : chacun aura sa banquette de 4 sièges en guise de couchette. Encore mieux que la Première classe !

 

Accueil « personnalisé »


Cela fait 35 heures que nous avons entamé ce voyage, enfin, nous arrivons à Faaa, l’aéroport international de Tahiti. Chaussés de baskets, habillés en pantalon, nos polaires et vestes de quart nouées autour de la taille, nous subissons, la langue pendante, la nuit tropicale.
Un comité d’accueil pratiquement aussi nombreux que les passagers nous souhaite la bienvenue avec une série de vérifications : une souris ne se faufilerait pas entre les mailles du filet. Les contrôles sont sérieux et sympas. On nous accompagne gentiment jusqu’à la portière du véhicule sanitaire qui nous dépose à la marina.


Il est 3h du matin. On retire nos masques pour de bon. Reste plus qu’à attendre le lever du soleil pour trouver une annexe qui nous conduira jusqu’à notre catamaran. On a chaud, on a soif, on a sommeil mais on s’en fiche. La vie pieds nus sous les étoiles recommence !

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