Le souffle court à Moorea

Une ancre crochetée dans le corail, un objet tombé à l’eau ou une chasse à l’agachon, il y a, en voilier, maintes et une raisons de savoir plonger. Jean-Marie et moi-même avons donc suivi un stage d’apnée.

Denis Grosmaire, moniteur rattaché à la fédération Aida, est venu à l’apnée via la chasse sous-marine – les Tahitiens sont d’ailleurs les champions indétrônés de pêche sous-marine. Époustouflé par ses progrès dès lors qu’il avait mis en pratique les techniques des apnéistes, cet enfant de Moorea s’est alors totalement investi dans cette discipline. A 42 ans, le compétiteur longiligne et musclé défie les 93 mètres de profondeur en immersion libre (descente sans palmes). Une performance ahurissante pour nous autres néophytes. Dans une autre discipline – le No Limit, plongée entraînée par une gueuse – le record mondial, détenu par l’autrichien Herbert Nitsch, est de 214 m !

Dans la peau du yogi

La formation est, pour commencer, centrée sur la respiration et la méditation. Les 6 stagiaires – tous des plaisanciers au mouillage d’Opunohu – s’assoient en tailleur à l’ombre des cocotiers, l’esprit apaisé par la quiétude du lagon. Ils s’exercent aux techniques respiratoires : gonfler le ventre puis remplir le haut des poumons ; s’étirer car des muscles souples consomment moins d’oxygène ; faire le calme en soi afin de ralentir son rythme cardiaque.

Des débutants étonnés par leurs capacités naturelles

Ainsi détendus, nous nous immergeons dans 1,50 m d’eau et, guidés par la voix de Denis, allongeons progressivement la durée tête dans l’eau. Le test est bluffant. Au bout d’un quart d’heure, tous les participants tiennent 2 mn sans stress et Jérôme flirte avec les 5 mn ! Un demi record du monde ? Le français Stéphane Mifsud, champion du monde d’apnée statique, reste en effet 11,35 minutes dans le bleu !

Deux combis sous les tropiques

Après une pause durant laquelle on s’efforce de manger léger, nous retrouvons le groupe. Cette fois, j’enfile un shorty en Néoprène par dessus une combinaison intégrale. L’eau a beau être à 26°, en simple lycra on tremble comme une feuilles au bout d’une demi-heure. Et qui dit froid dit fin de l’apnée car le corps utilise l’oxygène restant pour se réchauffer. En snorkelling, nous nous éloignons du rivage ; une fois rassemblés autour d’une bouée circulaire, Denis en laisse tomber un poids relié à un bout. C’est notre sonde. Chacun à notre tour, nous plongeons le long du bout, la cage thoracique remplie à bloc, les yeux fermés – le fonds est de toute manière invisible –, palmant avec une lenteur mesurée. En trois coups d’essai, j’atteins les 15 m sans forcer. Jean-Marie prend même le temps de regarder le paysage avant de remonter en ondulant. À nouveau, nous sommes tout surpris par nos performances et surtout l’extrême décontraction ressentie.

Mise a l’eau devant la plage de Tahiamanu avec les jolies montagnes de Moorea.

Narcose et syncope

C’est le moment des exercices de sauvetage car un malaise peut survenir, pour diverses raisons, notamment l’oubli de certaines règles de sécurité. Sans la présence d’une tierce personne – d’où l’importance de plonger à deux –, la victime évanouie se noie à quelques mètres seulement de la surface. Or, les gestes de secours, d’une banale simplicité et d’une grande efficacité, sauvent à coup sûr : sitôt la personne ramenée à l’air libre, bouche bien fermée, il s’agit de lui parler, lui tapoter les joues, lui souffler sur le visage pour réactiver ses capteurs sensoriels, voire de pratiquer quelques insufflations en bouche-à-bouche.

Une maladie professionnelle

Quant à l’accident de décompression – bulles d’azote coincées dans l’organisme –, il résulte de pauses beaucoup trop courtes entre deux apnées. En Polynésie, on l’appelle le « taravana » qui signifie « fou ». C’est ainsi que l’on qualifiait, jadis, les pêcheurs de perles (avant la maitrise de la perle de culture) parce que, plongeant à longueur de journée, ils développaient nombre de déficiences.

Méditation aquatique

Aujourd’hui, grâce à des équipements et des machines, il existe plusieurs moyens de travailler sous l’eau, de sonder les océans jusqu’aux abysses. L’apnée reste toutefois un voyage au cœur de la biologie humaine qui, contre toute logique, semble « s’adapter » aux records de profondeur qualifiés, il y a peu, d’impossibles. En ce qui nous concerne, savoir retenir son souffle dans l’immensité maritime, c’est une manière de profiter plus longtemps du spectacle à chaque randonnée subaquatique tout en côtoyant, d’égal à égal, tortue, raie et requin.

Facebook : moorea freediving

#moorea #freediving #tahiti #opunohu

5 réflexions sur “Le souffle court à Moorea

  1. Grosso Monique dit :

    Bien que nos commentaires soient extrêmement rares,nous suivons avec passion votre périple et ses multiples péripéties .Votre envie de partager est tout à votre honneur ! Quelles leçons de vie pour vos filles qui ,sans nul doute,seront armées pour affronter leur vie d’adulte.
    Longue vie à bord de votre nouveau voilier !!!
    Mille pensées affectueuses
    Monique et Patrick du Havre

  2. djamila.benle@yahoo.fr dit :

    Coucou Gaëlle, J’aime beaucoup tes articles et je vois que vous êtes toujours en Polynésie, c’est super.Au plaisir de te lire.

    BisousDjamila

  3. Sten dit :

    Bravo Gaëlle, toujours aussi passionnant de suivre votre voyage, et quel plaisir que ces réflexions très précises et toujours intéressantes.
    Une réflexion passionnante elle aussi, celle d’Elaine Morgan qui permet de lever une partie du voile sur le pourquoi de nos capacités insoupçonnées en matière de plongée (pour les anglophones!) https://www.youtube.com/watch?v=gwPoM7lGYHw
    Grooses bises, Pokoù bras deoc’h holl !

    • balanecatao dit :

      Demat Sten, merci pour cette info. Je suis impatiente de voir cela ! Aujourd’hui j’ai plongé à la proue du catamaran et j’ai découvert l’eoave d’un voilier de 8 m environ. Ca m’a fait un choc !
      Pokou dit ! Gaelle

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