A la pêche aux perles

Quittant les Marquises, nous touchons l’atoll d’Ahé, au nord des Tuamotu, après 4 jours de mer. Conquis par la beauté du lieu et la gentillesse de nos hôtes, nous séjournons 10 jours, en compagnie de Vanille, à la ferme perlière Kamoka.

Patrick, son fils Josh, Davy et Arii nous accueillent à bras ouverts. Ils nous lancent une amarre, nous invitent à prendre le café, à déjeuner de leur pêche, à dîner… nous finissons par y passer nos journées, tout naturellement.

Démarrée en 1991 par le père et ses deux fils franco-américains, la ferme perlière de Kamoka est toujours une affaire de famille. Elle est aujourd’hui co-dirigée par Patrick et Josh (un prénom qui résonne de l’exploit de Joshua Slocum, premier tour-du-mondiste en solitaire en 1898). Arii et Davy sont responsables de la gestion quotidienne du parc à huîtres. Viennent s’ajouter, en cours d’année, autant de woofers (main d’œuvre bénévole nourrie et logée gratuitement) que les bungalows du motu peuvent en contenir. En ce moment, deux jeunes Hawaïens, Benjamin et Fisher, prêtent main forte. L’atmosphère est conviviale, cool à l’américaine, joyeuse à la polynésienne ; toutefois, les perliculteurs restent concentrés. La récolte des perles nées dans les eaux cristallines du lagon vient tout juste de commencer. Quelles couleurs les nacres vont-elles livrer ? quelles tailles, quel lustre ?

La ferme perlière sur pilotis.

Une équipe loin de collectionner les perles

Dès l’aube, le tandem tahitien – Arii et Davy – va chercher en barge les nasses situées à moins d’un mille de la ferme. Les deux plongent en apnée à une dizaine de mètres pour détacher des bouées les chapelets d’huîtres puis les ramènent à la ferme. Commencent alors plusieurs travaux manuels : du côté de Davy et d’Arii, ça manie le couteau, le racloir, la perceuse, le bâton… Du côté de Josh, ça joue du scalpel et de la pince.

Arii ouvre les nacres.

Greffer, un travail de haute précision

Installé au calme, éclairé par l’éblouissante réverbération du lagon, Josh recueille, une par une, les précieuses perles et surgreffe dès que possible. C’est-à-dire qu’il ajoute, à l’emplacement de la perle tout juste retirée, un nucléus (bille en en coquille) plus gros que le précédent, espérant, d’ici un an, une deuxième perle encore plus volumineuse. L’opération est délicate et stratégique et Josh, tout concentré qu’il est, nous en explique toutes les subtilités.

Josh récolte les perles et surgreffe les huîtres.

Des eaux saines et poissonneuses

« Plongez tant que vous voulez sur les patates de corail mais n’y chassez pas, nous recommande Patrick. Les poissons brouteurs comme les perroquets nettoient nos huîtres gratis ; ils sont aussi efficaces et moins agressifs que le Karcher ! » La ferme est, il est vrai, plantée sur une riche table de madrépores autour de laquelle se concentre une faune variée : rayée, à pois, multicolores, fluorescents… Des bancs de raton-laveurs noir et blanc, des nasons bleu-gris à rostre court, des mérous en tenue de camouflage, des chirurgiens, des pieuvres… L’eau, d’une exceptionnelle clarté, autorise le snorkeling jusqu’au coucher du soleil. Étonnant !

Magnifiques bénitiers !

Tous apprentis

C’est Coline, la première, qui se met au boulot. Comme elle l’avait fait en Guadeloupe dans un magasin d’accastillage, elle propose ses services et commence à dépiauter les huîtres déclassées. A sa suite, tout le monde s’y colle et voilà la ferme augmentée de quatre autres paires de mains plus ou moins habiles qui ouvrent les huîtres, recherchent des perles cachées, détachent le « korori » (la partie comestible de l’huître, délicieuse en carpaccio) ou encore débarrassent les nasses de leurs coquillages parasites à grands coups de bâton. Erell et Coline seront remerciées pour leur aide avec un précieux souvenir : une perle de Kamoka montée en collier sur un cuir de kangourou, original, non ?

Coline compte les perles avec Josh.

Sitôt la débauche, en fin d’après-midi, Américains, Tahitiens et Français filent vers la passe pour une session surf et chasse sous-marine jusqu’à la nuit. Les touristes, fourbus – nous, quoi ! – s’affalent dans le sofa. Si un collier de perles, ça coûte un bras, on comprend désormais pourquoi !

Nettoyage musclé des nasses.

Ferme perlière vue d’en bas…

Chez Patrick

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Arii et Davy

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