Débarquer aux Marquises, méfiance !

Certains accostages sont réputés compliqués car la houle fabrique de jolies vagues en fond de baie. Les joies des surfeurs font les misères des plaisanciers. Nous en avons fait les frais à Hane, sur la petite île de Ua Huka.

Pour excursionner à terre, nous avions pourtant mis en place une stratégie prudente. Toute la famille embarque dans l’annexe en direction de la plage ; près du bord, femme et enfants sautent à l’eau, les sacs au dessus de la tête façon « Rangers ». Le capitaine ramène l’annexe au voilier, chausse ses palmes, enfile son masque et rejoint à la nage la côte rocheuse voisine. Une fois sur les cailloux, il se trace un chemin tant bien que mal jusqu’à la plage. Étape 1 réussie ! Nous serons moins chanceux pour le retour.

Ah ! la série traîtresse

Le capitaine part en maillot le long de la falaise, récupère son matériel de plongée laissé sur les rochers et crawle jusqu’à Balanec. Là, il démarre l’annexe et s’approche de la plage. Il décide de jeter l’ancre à un endroit calme où, depuis une heure, nous n’avions vu aucune vague casser. Jean-Marie descend alors de l’annexe pour nous aider à porter les sacs (appareil-photo, chaussures, 7 kg de mangues !). En un clin d’œil, une série de vagues s’annonce et l’embarcation commence les montagnes russes. En courant, le capitaine revient sur ses pas, saisit le boute relié à l’ancre. Coline nous décrit la scène :  « Papa tenait l’annexe quasiment à la verticale, on aurait dit qu’il essayait de dompter un cheval cabré sur ses pattes arrière ! » La suite est moins chevaleresque.

Plus de peur que de mal

Poussée par un rouleau, l’annexe se renverse, plongeant le moteur dans l’eau. « Cheval cassé, voiture morte » aurait dit ma grand-mère. Je me précipite à la rescousse. A quatre bras, nous décuplons nos forces pour soulever la bête de 200 kg. Nouvelle série de déferlantes, l’annexe nous retombe dessus. Regards paniqués qui se cherchent, « ça va ? ». Pas de blessé, on recommence. La seconde tentative est la bonne, on remet l’annexe à l’endroit et le capitaine déguerpit le plus vite possible à la rame. Pendant qu’il essaie de redémarrer le moteur, les filles récupèrent tout ce qui a été jeté à la mer lors du chavirage. As de la mécanique, le capitaine parvient à faire rugir le moteur et, au moment où il s’approche à nouveau du bord, nous courons toutes les trois dans l’eau comme des perdues. Pendant qu’on balance les affaires en vrac dans l’embarcation, un pêcheur sympa la tient fermement face à la houle. En moins de 10 secondes chrono, l’équipage a presque rembarqué – Erell pendouille à moitié sur le boudin – et nous voilà sortis du piège. Ouf, sauvés !

A chaque endroit, sa « subtilité »

A chaque fois, la prévoyance est de mise au moment de débarquer. Quand il s’agit de s’amarrer à un quai de fortune – un ponton en bois, une avancée en béton assez courte –, il est nécessaire de disposer une ancre à l’arrière de l’annexe pour éviter qu’avec le ressac elle ne frotte sur le bord, voire qu’elle se retrouve coincée sous le ponton. Et ne pas oublier le marnage sans quoi l’annexe finirait pendue ou échouée ! Parfois, suivant l’orientation de la houle, même un port protégé par une digue devient inaccessible. A Fatu Hiva, alors que nous nous apprêtions à passer encore une bonne journée en compagnie d’un couple agréable, le capitaine fronce des sourcils : les vagues déferlent à l’entrée de la darse, impossible d’y rentrer à moins de tenter le diable. Nous quittons donc cette petite île aux paysages stupéfiants sans un au revoir. Pas cool. Si l’on se place du côté des habitants, cela veut dire qu’eux ne peuvent pas en sortir certains jours, Fatu Hiva n’étant pas équipée d’un aéroport. L’insularité sans échappatoire.

Les annexes bis

Kayak, barque manœuvrée à la rame ou simple planche sont souvent les meilleures solutions.

Pour les sorties à la plage, le paddle fait taxi. A quatre dessus, ça ne passe pas, alors Coline se charge des aller-retour. Une fois sur trois, on chavire plus ou moins au moment où on a pied, ce qui met une bonne ambiance !

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