Canal de Panama : comment organiser son passage

Canal18032018-IMG_0068Nous avons passé le Canal de Panama (d’Atlantique vers le Pacifique) en mars 2018 avec notre OVNI 435. Voici, à toutes fins utiles, le résultat de notre expérience.

Il existe deux méthodes. Soit l’on sollicite un agent, soit l’on coordonne tout soi-même.

1ère solution : contacter un agent

Avantage : il s’occupe de tout, vous payez les frais de transit par carte bancaire (et non en cash), vous n’avez pas de caution à avancer.

Inconvénient : le service d’un agent coûte 350$, vous devez vous rendre au moins 2 fois à la marina de Shelter près de Colon (pour le mesurage du bateau et pour la récupération des lignes).

2ème solution : l’organiser soi-même

C’est la solution pour laquelle nous avons opté pour des raisons d’économie.

1-Récupérer sur internet le formulaire de demande de mesurage.

Choisir une date de mesurage ainsi que le Flat (port de Cristobal, Colon) comme lieu de rendez-vous. Deux jours avant la date du rendez-vous, appeler les autorités du Canal pour vérifier qu’elles ont bien reçu le formulaire rempli par mail.

2- Aller au mouillage du Flat (Colon) la veille du mesurage.

Contacter par téléphone ou VHF le Canal pour leur signaler votre arrivée effective. Mesurage du bateau le lendemain (le contrôleur est déposé entre 10h et 13h à votre bord par une pilotine). Le contrôleur prend diverses mesures, vérifie les documents classiques et le matériel obligatoire (corne de brume, toilettes). Il vous donne un numéro d’identification pour le passage et un papier à remplir destiné à la banque (RIB pour le remboursement de la caution).

 

3-Payer les frais de transit

Maintenant, si vous souhaitez une date de passage proche, vous devez vous rendre au plus tôt à la City banque (Colon) (8h-15h00) afin de régler les frais. Or, depuis le mouillage du Flat, situé en zone commerciale portuaire, il est interdit de débarquer en annexe à Colon.

Première solution : ancrer devant l’ancien Yacht Club Nautico. Cependant, le mouillage, très étroit, est situé entre les bouées du chenal et les roches ; de plus, les paquebots viennent juste derrière le quai et y effectuent une giration. Débarquer en annexe sur la plage, aviser un taxi.

Seconde solution : rester au Flat et contacter Tito sur son mobile par whatsapp. Un water-taxi (40$ l’aller-retour) passe vous prendre sur votre bateau, ensuite un taxi (cousin de Tito, 10$/h), stationné au débarcadère, vous emmène au distributeur de billets puis à la City banque.

Portobello27022018-IMG_0041.jpg

Au guichet, vous présentez vos documents et réglez 1800$ (bateaux <50 pieds); 880 $ vous seront restitués 15 jours après le passage du Canal sauf incident majeur.

Le cousin de Tito propose ses services pour la location de lignes et pneus. Coût: 92$ pour 4 lignes, 4 pneus et leur réacheminement de Panama City à Colon.

Retour au mouillage un peu soulagé psychologiquement… et financièrement.

4-Date de passage

Canal10032018-IMG_0018Le soir même, vous pouvez appeler le Canal afin de connaître ou choisir votre date de passage. Le délais est, au minimum, de 15 jours pendant la haute saison (mars-mai).

Pour avancer la date, il faut rappeler le Canal régulièrement. En période creuse, cela fonctionne assez bien. Par contre en haute saison, c’est le Canal qui vous rappelle le soir pour vous proposer un transit dès le lendemain. Donc, il faut avoir les lignes et les handliners prêts le plus tôt possible.

5-Où mouiller en attendant le passage ?

Une fois ces démarches effectuées, vous pouvez attendre à Portobelo ou dans la baie de Linton. Portobelo est plus pratique pour faire les grandes courses au supermarché El Rey dans le centre commercial Quatro Alto. Prendre le bus à Portobelo en direction de Sabanitas. Descendre à l’arrêt de bus placé sur la 4 voies, au niveau de la passerelle, le supermarché est juste derrière. La zone de Quatro Alto est intéressante aussi pour son shipchandler et son magasin d’accessoires automobiles. Le retour peut se faire gratuitement avec la camionnette de El Rey si vous avez au moins 500$ de courses. Regroupez-vous avec d’autres bateaux au besoin.

6-Rechercher des handliners

Canal02032018-DSCN2542-24 adultes, en plus du skipper, sont requis sur tout voilier, lors du passage du Canal. Voici plusieurs plans :

En marina

Si vous êtes basés à la marina de Shelter, c’est facile de trouver des handliners car les bateaux qui en recherchent aussi sont souvent intéressés pour se faire la main avant. Cela peut éviter des erreurs lors de son propre passage.

Sur internet

S’abonner sur Facebook au groupe Panama Cruiser. Déposer une annonce gratuite. Dès le lendemain, j’avais 2 personnes qui se proposaient de nous aider. J’ai dédommagé le handliner ainsi trouvé en lui payant son retour en bus et taxi (20$).

Au mouillage

Ne pas hésiter à visiter les bateaux sur ancre pour leur demander leurs services. Nombreux sont-ils dans le même cas.

Louer des handliners professionnels

Demander à Tito des handliners professionnels : 75$/pers.

7-Conseils lors du passage

Parmi les handliners, ayez au moins 2 gars vifs, assez costauds et connaissant la voile. Savoir tourner une aussière sur un taquet est le minimum syndical. Ils seront positionnés un à l’avant et un à l’arrière sur bâbord ou tribord selon la position du bateau. Les configurations que vous pouvez rencontrer :

– radeau de 3 monocoques ou 2 mono et un catamaran au milieu. Le bateau du milieu gère la propulsion et les deux autres la direction.

– 2 catas à couple (3 catas, ça ne rentre pas).

– à couple d’un remorqueur ou d’une grosse vedette. La vedette ou le remorqueur se place le long du quai et vous venez vous mettre à couple. C’est intéressant car, ensuite, la vedette ou le remorqueur gère tout seul la descente ou la montée dans les écluses, moments les plus critiques.

– seul au milieu ou le long du quai.

Réviser les termes marins en anglais ou en espagnol pour la marche avant, arrière, bâbord, tribord…

8-Les problèmes rencontrés

La veille du jour J, le Canal n’était pas en mesure de nous donner l’heure de passage, c’est-à-dire soit 6h du matin, soit 16h. Aussi sommes-nous allés au Flat le jour d’avant quitte à attendre toute la journée du lendemain.

Échouage dans le lac Gatun. Durant la traversée du lac, qui dure 5 h au moteur, veiller à ne pas sortir du chenal et à bien longer les bouées rouges. Le bateau à qui cette mésaventure est arrivée a dû se faire remorquer (coût : 300$).

Blessure. Sur un gros catamaran, une handliner s’est blessée au pouce. Elle faisait de la voile depuis peu et ne savait visiblement pas bien tourner une aussière sur un taquet. Il faut se méfier des forces énormes qu’il y a par moments dans les écluses.

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9-Procédure de passage sous forme de radeau

Pour la montée dans les écluses Gatun :

Préparez vos deux aussières en réalisant une boucle de 1m de diamètre avec un noeud de chaise. Placez les parebattages le long de la coque.

On laisse le cargo passer devant puis on le suit.

On forme le radeau (cata au milieu ou le plus gros monocoque). Veiller à décaler les barres de flèches entre les bateaux à couple. Le radeau rentre dans l’écluse derrière le cargo.

 

Les handliners du Canal, positionnés sur le quai, lancent 2 toulines sur chaque côté du radeau. Attention aux panneaux solaires, il y a des mauvais viseurs…

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Le radeau avance tout doucement dans l’écluse jusqu’aux bittes d’amarrage.

Au signal des handliners du Canal, on laisse filer les aussières rapidement. Ceux-ci les amarrent par la boucle. Le handliner sur le bateau commence à tendre l’amarre et fait un tour au taquet.

La porte se ferme et le remplissage de l’écluse débute.

Les amarres sont bloquées aux taquets, il n’est pas question de reprendre le mou.

La sirène retentit, la porte s’ouvre. Le cargo, situé devant le radeau, met en marche avant tout en étant tracté par de petites locomotives. De formidables remous se forment derrière lui, un fort courant fait reculer les bateaux ; là non plus, pas question de toucher aux aussières.

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Le signal est donné aux handliners du quai de retirer les aussières des bites d’amarrage. On récupère l’aussière jusqu’à la ligne de la touline.

Le radeau avance avec les handliners du Canal qui marchent jusqu’à la prochaine écluse. Elles sont au nombre de trois, à la suite les unes des autres. Quand on sort de la dernière écluse, le radeau se sépare.

Premier cas, il est 10h du matin. Le passage se poursuit en traversant le lac Gatun. Le Canal sera alors franchi dans la journée.

Deuxième cas, il est 19h. Par conséquent, on dort la nuit sur le lac. Le pilote nous dirige vers trois bouées en caoutchouc où chacun des bateaux s’amarre par le travers. Le pilote est débarqué après le repas que nous lui avons fourni. On peut se baigner dans le lac mais n’allez pas nager loin de la bouée, les crocodiles sont nombreux.

Le lendemain matin, un autre pilote est amené à bord et la traversée du lac Gatun commence. Cela dure entre 4 et 5 h, à longer au plus près les bouées rouges du chenal. Le pilote est là pour surveiller et permettre de se laisser doubler par des cargos.

 

Pour la descente dans les écluses Pedro-Miguel et Miraflores :

Le passage dans les écluses descendantes de Miraflores est programmé à l’avance, à une heure précise. Nous devons attendre le cargo qui transitera avec le radeau. La différence pour la descente est que les voiliers se placent devant le cargo. C’est par conséquent un peu plus stressant car le radeau est pris en sandwich entre, devant, une porte d’écluse fermée car le bassin est en cours de remplissage, et, derrière, un cargo de plus de 200m qui avance doucement mais sûrement avec ses remorqueurs. La manœuvre se complique quand le vent et le courant, souvent présent de ce côté, s’en mêlent.

On franchit une première écluse indépendante (Pedro-Miguel) puis les 2 dernières de Miraflores à suivre.

Ensuite, c’est le Pacifique.

Après le pont des Amériques, nous laissons le pilote devant la marina Balboa. On peut prendre une bouée et y passer la nuit (40$ pour un 43´). Ou continuer vers la presqu’île Flamenco et ancrer à La Playita, abritée du vent mais pas des vagues produites par les cargos croisant à à peine 3 milles nautique. Ou encore poursuivre en faisant le tour de la presqu’île et mouiller de l’autre côté, à Las Brisas, non protégé du vent de nord est.

 

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