Les Kunas : des indiens les pieds dans l’eau

SanBlas20022018-DSCN2479Quittant les San Blas des cartes postales – plages et cocotiers –, nous jetons l’ancre devant les petites îles Robeson rarement visitées par les voiliers et situées tout près de la côte panaméenne.

 

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Sipo, l’épouse de Justino, dans sa maison

 

Aussitôt, des enfants viennent à la rame ou à la voile autour de Balanec. Silencieux, ils nous observent, manifestement intrigués par notre arrivée. Une heure plus tard, nous sommes invités à dîner chez Justino qui nous présente son épouse, Sipo, et leurs trois enfants. Seul le mari parle couramment espagnol, les deux ados, timides, nous comprennent un peu. Désireux de profiter de notre présence, Justino nous demande des livres pour les enfants : « en français, oui, très bien ! » et des films pour tous les âges, qu’importe la langue. Sa maison accueille plein de gamins qui viennent regarder des dessins animés sur son ordinateur et se remplir le ventre de petits pains ou d’un bol de lentilles corail. Au moment de prendre congé, le couple nous offre une chemisette brodée de mollas par l’épouse.

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Incursion dans leur vie quotidienne

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Le lendemain, répondant à leur demande, Coline et moi initions Sipo à la pâtisserie. Le gâteau à la noix de coco s’impose, ainsi qu’un deuxième à base de cacao en poudre. L’après-midi, Justino nous conduit dans son « jardin ». La forêt tropicale, sur le continent, fournit à tous les Kunas fruits et légumes suivant les saisons : banane plantain, citron, orange, yucca, canne à sucre, avocat, mangue, fruit à pain, plantes médicinales… Pour s’y rendre, nous remontons en annexe le rio Yara. Parmi les arbres nourriciers, Justino nous désigne l’essence utilisée à la confection des pirogues ; une fois abattu, le tronc est évidé à la machette. C’est ainsi que vivent les 11 familles de Tupsuit Pipigua. Le matin, les hommes vont en forêt cueillir fruits et légumes, entretenir les arbres et tailler les pirogues. Puis, ils repartent à la rame vers un rio plus proche pour faire le plein d’eau car l’île ne dispose d’aucune ressource d’eau douce. L’après-midi est dédié à la pêche. Plus sédentaires, les femmes s’occupent du foyer et de la confection des mollas.

 

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Des îles en sursis

 

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Le village de Tupsuit Pipigua

 

120 personnes vivent sur Tupsuit Pipigua, dont 78 enfants ! La surpopulation est l’un des facteurs qui menacent la pérennité des Kunas sur leurs îles. Mais pas seulement. Le réchauffement climatique, avec la montée des eaux, engloutit peu à peu ces îles plates. Les cocoterais comme les îles-villages sont concernées. Dans The Panama Cruising Guide, publié en 2002, Eric Bauhaus livre des photos aériennes qui montrent le rétrécissement de certains îlots. Avalées par la mer, de jolies plages ont quasi disparu. A leur place, d’innombrables troncs, prisonniers du ressac, vont et viennent. Car les cocotiers, léchés puis mordus par les flots, cèdent et s’effondrent dans l’eau.

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Quant aux îles-village, elles se défendent en grappillant d’un côté les quelques mètres que l’océan leur dérobe de l’autre côté. A Tupsuit Pipigua, certaines berges sont peu profondes, de l’ordre de 50 cm. Alors les villageois reconstituent de la terre ferme à partir de blocs de corail, de sable et de touffes d’herbes replantées. Petit à petit, de petits espaces émergent tandis que certains îlots se noient.

 

Cette lutte contre la mer est vaine et le territoire kuna, déjà trop petit pour ses 55 000 représentants, ne va qu’en diminuant. « Notre avenir est en face, dans la forêt, la montagne », annonce Justino qui rappelle que son peuple a, par le passé, fui ces espaces pour préférer le large. Notre petite balade forestière nous donne au moins une explication : de gros moustiques nous sautent dessus, nous faisant craindre le paludisme et d’autres graves maladies.

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Justino

 

Le choc des cultures

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Avant de quitter nos amis, nous les accueillons à bord et partageons un petit déjeuner français : pain maison, confitures, miel, beurre de cacahuète, thé, café. Les enfants s’apprivoisent et sympathisent tout en dessinant, réalisant des bracelets en élastiques ou lors de la baignade. En quelques jours à peine, Justino et sa famille nous ont dépeint leur vie si singulière, à l’écart des villes mais pas nécessairement déconnectée de toute information ; ils nous ont présenté leurs coutumes et leurs artisanats, nous ont expliqué l’organisation politique des Kunas, regroupés en une région autonome au Panama. Et, au moment de se dire adieu, je me demande quelle influence notre présence a sur eux. Mais, si nous les changeons, eux aussi nous changent.

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2 réflexions sur “Les Kunas : des indiens les pieds dans l’eau

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