Où sont les livres ? 

Guate_livre6278 24 juillet 2017Depuis un mois, nous vivons à l’est du Guatemala, au bord du Rio Dulce. L’un de nos objectifs est d’apprendre l’espagnol. Mais comment ?

Pour Jean-Marie, il s’agit de réveiller ses années collège ; il s’entraîne en fréquentant deux fois par jour les magasins de bricolage et d’accastillage. En allant à l’école, Coline et Erell sont en immersion totale. Quant à moi, je pars de zéro. Nos escales en Espagne, à Madère et aux Canaries m’ont seulement donné les rudiments de politesse (buenos dias, gracias, adios).

Echange de cours

A la marina, plusieurs Français sont en ménage avec des jeunes femmes guatémaltèques ou honduriennes qui ne parlent pas français. Je leur propose un échange de cours : elles m’apprennent l’espagnol et moi le français. Tous les matins, de 9 h à 10 h, on joue aux playmobils, au loto et on feuillette les imagiers que j’ai en quantité sur le bateau.

Guate_anniversaires6184 12 juillet 2017

La bibliothèque de la marina : des livres partout !

Guatemala-FrutosDelMundo5742 05 juillet 2017

Nohemi est du Honduras

Guatemala-FrutosDelMundo5757 05 juillet 2017

Jessica est guatémaltèque

 

Je me dis que ce serait utile d’acheter des livres pour enfants en espagnol afin de progresser. J’apprends en lisant : c’est ma manière. Après m’être renseigné sur les librairies auprès de mes nouvelles copines, j’arpente la ville de Fronteras qui rassemble des milliers de personnes et des centaines de magasins. Je m’aventure dans tous les bouic-bouic, je pose 10 fois la même question : où est la librairie ? A chaque fois, on m’envoie dans les nombreuses papeteries qui vendent un éventail impressionnant de matériel scolaire : cahiers à petits carreaux (pour les maths), à grands carreaux, à lignes simples (pour l’anglais), à portée (pour la musique) ; crayons, cartables à la dernière mode, papiers en tout genre (de couleur, crépon, à paillette, à motifs, en moleskine…). Mais pas de rayons lecture.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Stupéfaction

Je rentre au bateau dépitée. Le gérant de la marina, Jean-Claude, m’annonce la nouvelle : « les libraires, ça n’existe pas au Guatemala, sauf à la capitale où tu en trouveras une dizaine. Mais ne t’attends pas au genre Fnac ». 10 librairies pour 15 millions d’habitants ? Ca va être coton pour se procurer un dico français-espagnol… Jean-Claude poursuit : « dans les maisons, les gens n’ont pas de livres, sauf ceux de l’école qui finissent par être jetés. Ils ne lisent pas à moins d’appartenir à une classe aisée ».

Je retourne à la papeterie et demande à voir les livres pour enfants. On me sort L’Odyssée en petits caractères sans illustration, un titre de Gabriel Garcia Marquez et un autre ouvrage spécialisé sur le rhinocéros, toujours sans aucune image ! Je finis par dénicher Barbuchin, un recueil de contes minimaliste en couleur ; il date de 1940.

J’imagine un pays sans livre… Quid de l’histoire du soir, serrés les uns contre les autres au fond du lit ? quid des nuits sans sommeil à dévorer le dernier Douglas Kennedy ? pas de bibliothèques non plus ? et la Bible ? Et vous, comment vous représentez-vous un pays sans magazines, sans encyclopédie, sans guide de voyage,  sans recettes de cuisine, sans polar… ?

500 millions d’hispanophones dans le monde

Havane4680 03 juin 2017

Une libraire bien achalandée à La Havane (Cuba).

Ce n’est pourtant pas la langue qui pose problème. Des bouquins en espagnol, il en existe des milliards édités au Mexique, en Colombie, en Espagne, en Argentine, au Venezuela et même aux Etats-Unis. C’est peut-être les langues qui posent problème au Guatemala. Si l’espagnol est la langue officielle, elle n’est pas l’idiome maternel de la majorité de la population ; certains ne la comprennent même pas. Il y a vingt langues mayas différentes, plus une langue non-maya amérindienne (xinca), parlée dans le sud-est du pays et une autre africaine-américaine, le garifuna, qu’on entend essentiellement à Livingston, à l’embouchure du Rio Dulce. Alors, certes, des ouvrages en q’eqchi’, en k’iche’ ou en tacaneco, il doit y en avoir peu. Quel plaisir auraient ces personnes à lire des blagues en espagnol, des aventures dans un pays qui n’est pas le leur, des histoires qui n’évoquent pas leurs traditions ?

Au XVIe siècle, l’arrivée des Conquistadors a entraîné une rupture dans la civilisation maya. Est-ce pour cette raison que les traces écrites retrouvées sur les monuments des cités antiques n’ont pas été consignées sur papier ? La découverte des pyramides de Tikal ou des palais d’Antigua nous donnera peut-être la clé de cette énigme. Il est temps pour nous de partir en excursion.

3 réflexions sur “Où sont les livres ? 

  1. GROSSO dit :

    C ´est un vrai régal de vous lire……merci beaucoup d’aller plus loin que de simples descriptions et de vous engager pleinement dans vos divers ressentis….Nous gardons un bon souvenir de notre rencontre avec Jean Marie à la marina Hemingway ; nous étions allés ensemble à l’aéroport afin qu’il puisse récupérer notre voiture de loc. Nous avons bien reçu le guide du routard sur Cuba et nous vous remercions de la petite missive jointe.Encore beaucoup de petits bonheurs et de multiples surprises, bien affectueusement…Monique et Patrick (équipiers de quelques semaines sur Thira)

Réagissez ! Laissez-nous un commentaire !