République dominicaine : des vacances à vie ?

Republique_dominicaine2231 05 avril 2017Comment on s’est retrouvé dans une usine à vacances longue durée. Petite leçon d’économie touristique.

Située à mi-parcours entre les Iles vierges britanniques et les Bahamas, la République dominicaine n’est, pour nous, qu’une escale de 4 jours. Longeant la côte nord où déferle la houle, nous relâchons  à la marina Ocean World, près de Puerto Plata. Hôtel classieux, casino, complexe ludo-aquatique et show d’otaries, tel est le décor d’arrivée. A l’extérieur de la marina bien gardée, le paysage ressemble à un plat de lasagnes : plage-complexe balnéaire, plage-complexe balnéaire, plage…

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Hôtel-casino de la marina Ocean World

BVI2194 03 avril 2017

Au loin, la fumée de la décharge à ciel ouvert qui brûle en permanence…

Sitôt arrivés, sitôt alpagués

Rapidement, nous sommes interpellés par un type qui nous invite à passer, gratuitement, une journée entière dans l’un de ces paradis du « tout inclus » : « piscine, bar, restaurant », des mots magiques qui font frétiller de joie Coline et Erell. Pourquoi pas ? d’autant que la chaleur au port est accablante. Méfiant sur le tard, Jean-Marie se dit que l’après-midi pataugeoire va nous coûter la bagatelle de 100 dollars (la caution qu’on a versée).

 Republique_dominicaine2208 05 avril 2017

Une chaîne de 150 000 hôtels

Le lendemain matin, comme convenu, on nous rend notre argent ; puis, un employé de Lifestyle Resort (ceci est de la publicité non déguisée !) entame la présentation de la chaîne hôtelière, présente sur trois sites : Puerto Plata, Punta Cana et aussi Mexico. Nous l’écoutons poliment, mi-attentifs, mi-sceptiques devant un petit-déjeuner digne du Festin de Babette. Sauf que les poulardes sont remplacées par des saucisses et du bacon, les viennoiseries par des pancakes et les poires confites par des salades de fruits tropicaux. En voiturette de golf, nous voilà baladés 2 heures durant parmi les résidences (2400 chambres), les lotissements de villas, la trentaine de restaurants, les plages privées avec jacuzzi, les dizaines de piscines et autant de spas, terrains de tennis, de golf… Bon, c’est bien joli mais où veut-il en venir ?

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Visite des villas

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Envie d’une course en limousine ?

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Un investissement immobilier

Le modèle économique de Lifestyle repose sur la vente de vacances sur 35 ans. Le prix varie de 15 000 à 500 000 dollars, suivant les options : limousine, hélicoptère ou cuisiner personnel ! Une fois l’affiliation payée, quasiment tous les services sont gratuits. L’astuce, c’est que les détenteurs de ce pass longue-durée ont la possibilité de sous-louer ces séjours à un nombre illimité de personnes. Ces derniers, amis ou parfaits inconnus, payent un prix bon marché ; le sous-loueur rembourse son investissement ; l’hôtel se remplit de clients qu’il n’a pas eu à démarcher. Une déclinaison du « share-time » qui semble avoir le vent en poupe.

 « Alors, ça vous intéresse ? Venez au bureau qu’on trouve le bon contrat pour vous ! » Quand on a expliqué au jeune guide qu’on était déjà en vacances pour quelques années, sur un bateau de surcroît, il a pris un air rêveur puis résigné. Il a fixé autour de nos poignets le bracelet VIP et nous a souhaité une bonne journée. Dans ce labyrinthe de halls, de réceptions, d’escaliers, d’appartements, de bars, de restaurants… il nous a fallu un petit moment pour nous repérer. Et un autre pour se détendre : la promiscuité avec la clientèle américaine, ventripotente, tatouée et collée à son gobelet d’un demi-litre, était intimidante. Les filles, elles, n’ont pas mis plus de 5 minutes pour qualifier l’endroit de « génial ».

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Si on devait réellement revenir chaque année en République dominicaine, ce ne serait pas dans un zoo peuplé de créatures étrangères, mais parmi les « vrais habitants » au sein d’une nature réputée généreuse ! Qu’en dites-vous ?

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7 réflexions sur “République dominicaine : des vacances à vie ?

  1. Joel Tristan dit :

    Je suis avec Cecile et nous avons bien ri à la lecture de ton petit mot. 😂 Bises à tous les quatre.

    Envoyé de mon iPhone

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  2. haroise dit :

    Tres interessant votre article,j’aimerais avoir le meme bar dans notre piscine .Nicolas et Jeanne sont repartis a Nimes ,Etia et Idiba parlent souvent de Coline et d’Erell .Bises a tous.

  3. Lyse TRISTAN dit :

    Une usine à vacances » : c’est très bien dis. Non, je n’adhère pas du tout. D’autant que sur cette même île Hispaniolia se trouve une très grande misère, notamment côté Haïti. Je connais mal le sujet, mais il me semble que cette île est une caricature de notre monde moderne entre riches et pauvres sur notre planète, les uns ignorant gravement les autres. Comme d’habitude Gaelle, bien bel article. Et tes filles s’en souviendront. Bisettes de Moncoutant.

    • balanecatao dit :

      Bonjour Lyse, Oui, c’est bien vu, Hispaniola, c’est « 2 salles, 2 ambiances ». Cependant j’ai lu qu’il y a beaucoup de travailleurs haïtiens en République dominicaine. Si les frontières sont poreuses, peut-être l’échange permettra-y-il un rééquilibrage des richesses ? La caricature dont tu parles, entre riches et pauvres, m’est apparue dans le concept même du tourisme en République dominicaine. D’un côté, des touristes blancs servis en boissons, nourriture et loisirs sans limite. De l’autre des employés noirs qui veillent au bien-être matériel des clients. Ça ne fait pas vraiment évoluer les clichés ! Et le plus surprenant, c’est de constater que les personnes les plus joyeuses dans ces complexes sont les Dominicains (grands sourires voire fou rire entre eux) quand les clients affichent plutôt de la satisfaction. L’autre aspect qui m’a étonnée, c’est de miser sur l’uniformisation au lieu de tabler sur l’identité dominicaine. Tout est recréé à l’Européenne, les activités, les repas, l’architecture… Pas d’habitations dans le style créole, une cuisine internationale… Finalement, pourquoi venir dans ce pays-là et pas dans un autre aussi ensoleillé ? En fait, je trouve ce modèle de tourisme démodé. C’était bien pour le XXeme siècle. Mais au XXIeme siècle, on a innové avec l’écotourisme, le tourisme équitable, des paradis du repos basés sur le yoga, le massage, le dessin… Merci en tout cas pour ta réaction qui m’a fait cogiter ! Bises à toute la famille Gaelle

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    • balanecatao dit :

      Bonjour Lyse,
      Oui, c’est bien vu, Hispaniola, c’est « 2 salles, 2 ambiances ». Cependant j’ai lu qu’il y a beaucoup de travailleurs haïtiens en République dominicaine. Si les frontières sont poreuses, peut-être l’échange permettra-y-il un rééquilibrage des richesses ?
      La caricature dont tu parles, entre riches et pauvres, m’est apparue dans le concept même du tourisme en République dominicaine. D’un côté, des touristes blancs servis en boissons, nourriture et loisirs sans limite. De l’autre des employés noirs qui veillent au bien-être matériel des clients. Ça ne fait pas vraiment évoluer les clichés ! Et le plus surprenant, c’est de constater que les personnes les plus joyeuses dans ces complexes sont les Dominicains (grands sourires voire fou rire entre eux) quand les clients affichent plutôt de la satisfaction.
      L’autre aspect qui m’a étonnée, c’est de miser sur l’uniformisation au lieu de tabler sur l’identité dominicaine. Tout est recréé à l’Européenne, les activités, les repas, l’architecture… Pas d’habitations dans le style créole, une cuisine internationale… Finalement, pourquoi venir dans ce pays-là et pas dans un autre aussi ensoleillé ?
      En fait, je trouve ce modèle de tourisme démodé. C’était bien pour le XXeme siècle. Mais au XXIeme siècle, on a innové avec l’écotourisme, le tourisme équitable, des paradis du repos basés sur le yoga, le massage, le dessin…
      Merci en tout cas pour ta réaction qui m’a fait cogiter !
      Bises à toute la famille
      Gaelle

      Bonjour Gaelle
      Le problème d’Haïti est, je crois écologique (grave déboisement dû à la pauvreté – bois de chauffage- qui entraîne une instabilité des sols et épuisement des ressources : c’est une île !) et finalement politique : aucune structure politique pour gérer le bien commun et développer la solidarité, pour instruire, éduquer et donner un cap de développement commun. Il y a eu des dictateurs soutenus par des profiteurs, et voilà. Hispaniola est une île intéressante à étudier (quoique difficile certainement d’étudier une telle situation sans se sentir révolté-e). Elle porte les stigmates du XXè siècle : quid de son XXIè.?
      En réalité, toutes ces îles sont passionnantes : la beauté de la nature nous émerveille (belles photos), les microcosmes humains qui les hantent caricaturent bien des situations, comme les planètes du Petit Prince de St-Ex. Mais je ne désespère pas de l’humain du tout : le meilleur est en lui aussi. Bref, y’a de quoi cogiter effectivement.
      Lyse

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