Voyageurs, vos papiers !

IMG_9168.JPGPeut-on librement parcourir le monde en bateau ? Les formalités changent-elles d’un pays à l’autre ? Allons voir du côté des douaniers…

En Europe, pas de paperasseries. Nous sommes entrés et sortis incognito en Espagne comme au Portugal. Dès lors que nous quittons l’Europe (en réalité à partir de Madère et des Canaries qui, pourtant, sont rattachées à l’UE), un protocole s’impose. Sitôt arrivés dans un nouveau pays, nous hissons son pavillon national ; ainsi que, si l’heure est matinale ou tardive, le pavillon jaune (qui n’est pas celui de la jaunisse à bord !) : il indique que nous demandons à être contrôlés. Car, en théorie, la première chose à faire quand on touche le sol étranger (que ce soit avec nos pieds ou avec notre ancre), ce n’est pas de se reposer, de réparer le bateau ni de se baigner… c’est de se déclarer à la douane et au service de l’immigration, devoir du capitaine. Jean-Marie s’y colle donc, prenant soin de mettre un tee-shirt propre, un short pas trop court et des chaussures.

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Le sens de la vie en une page

Il remplit à la main les mêmes formulaires en 2, 3 voire 8 exemplaires. Sûr qu’on leur achèterait volontiers du papier carbone à défaut de leur payer une photocopieuse ! Les cases à remplir sont récurrentes :

-Identité de l’équipage

-Dernier port/ville fréquenté ?

-Prochain port/ville fréquenté ?

Ce qui revient aux questions existentielles : qui suis-je ? où vais-je ? dans quels Etats j’erre ?

Hélas, ce n’est guère avec les fonctionnaires de ces services que l’on pourrait ouvrir un café-philo. Aussi invariant que les questions du formulaire, l’accueil des douaniers comme des employés de l’immigration : aimables comme une porte de prison. Bon, leur job est vraisemblablement de dissuader l’installation d’étrangers. On comprend vite qu’on n’est pas à l’office de tourisme.

 

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Goldenage au départ de Dominique

 

Globe-flotteurs

Qu’en est-il des routards qui font du bateau-stop ? En Martinique, un couple (lui Allemand, elle Néo-Zélandaise) nous a demandé si on pouvait les « déposer » en Dominique. Ce n’était qu’une journée de navigation mais cela nous a fait cogiter. Nous sommes censés déclarer toutes les personnes transportés sur Balanec faute de quoi elles seraient considérées comme des clandestins. Le capitaine est responsable de leur vie le temps du trajet. Et si elles ont de la drogue dans leurs bagages ? Ce n’est pas tout à fait la même chose que quand on prend un auto-stoppeur sur le bord d’une route, non ? En toute logique, on est en dehors des clous si elles embarquent alors la clearance de sortie a déjà été faite sans elles. Bref, faute d’informations sur le sujet, on les a salués sur le quai. Un autre voilier les a accueillis à son bord le lendemain. Si vous savez quel est l’usage, racontez-nous ! Si un globe-flotteur pouvait cuisiner au près ou jouer de la guitare pour les enfants, ce serait formidable !

Des pays gratuits, d’autres payants

En général, toutes ces formalités se soldent par quelques billets. Le moins cher, dans notre parcours (1) c’est la Dominique : 3 euros/personne. Le plus cher, Sainte-Lucie, 75 euros. Le prix est le même qu’on passe une nuit ou un mois. Parfois, on paye pour entrer ET pour sortir, comme à Saint-Vincent (Grenadines). Etonnés, nous avons cherché à en savoir plus quand la situation s’est reproduite au moment de quitter l’île de Sainte-Lucie :

« C’est parce que c’est férié aujourd’hui, donc c’est payant, a rétorqué la douanière.

-Mais on est le 26 décembre ?, a répliqué Jean-Marie

-Oui, c’est férié.

-Donc, si je reviens demain, c’est gratuit.

-Non, le 27 décembre, c’est férié aussi ».

En creusant un peu, on comprend que la sortie d’un pays doit s’effectuer du lundi au vendredi, de 9h à 16h. En dehors de cette plage horaire, si les bureaux sont ouverts, le service est facturé. Quitter un pays le week-end, c’est un peu comme se lever de table au moment du fromage : ça ne se fait pas. Bon, nous, on est bien élevé et surtout pas pressé ; mais on ignore souvent le jour de la semaine…

Clearance, une bière à la main

En Martinique, la bonne surprise est la modernité des démarches administratives : la déclaration douane + immigration se fait sur ordinateur, en libre-service, dans un bar proche de la marina ou du mouillage. C’est simple, rapide et gratuit.

Nous pouvons donc aller où bon nous semble à condition de dire « bonjour » puis « au revoir ». Partout ? Oui, sauf aux Etats-Unis qui exigent un visa même pour un séjour inférieur à 3 mois. Long à obtenir (plusieurs semaines, coûteux), nous y avons renoncé et passerons donc rapidement et au large des Iles Vierges américaines ou de Puerto Rico. De toute façon, l’assurance de notre voilier (« all over the world », même les régions cycloniques) exclut les eaux américaines. A croire que la législation des USA est plus à craindre qu’un ouragan.

(1)    France, Espagne, Portugal, Madère, Canaries, Cap-Vert, La Barbade, Saint-Vincent les Grenadines, Sainte-Lucie, Martinique, Dominique, Guadeloupe.

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